LA VUE no. 1

Charlevoix, la mafia, les motards, la pègre.

29 juil. 2019 6 minutes 576 vues

Charlevoix, la mafia, les motards, la pègre.
La criminalité n'est pas un sujet très discuté dans Charlevoix. Heureusement, nous sommes dans une région tranquille. Le seul coup de feu au revolver dont j'ai entendu parler fût tiré dans les années 50 ou 60 autour du Castel de la Mer. On peut compter sur les doigts de la main le nombre d’homicides au cœur des 50 dernières années.  Je me souviens lorsque j'étais jeune, j'avais un cousin éloigné à Montréal et il semble qu'il faisait partie de la pègre. À mon souvenir, son passage avait été assez mouvementé. Il avait une puissante bagnole des années 70 et il faisait "crisser" les pneus allègrement. Son séjour s’était terminé par une bataille à l'occasion d'une noce et du festival des bières de coffre de char.

Une famille célèbre de La Malbaie connue pour être constituée de durs à cuir avait embarqué mon oncle Léopold Bergeron dans son coffre de char et l'avait monté  jusqu'à Montréal. Mon grand-père qui était taxi aussi avait toujours une barre de fer sous son siège.

Mon deuxième contact avec la criminalité eu lieu au milieu des années 70 avec la visite à Pointe-au-Pic des Popeyes de Montréal, club de motard qui est devenu plus tard les Hell's Angels. Ils étaient venus en goélette avec leurs motos à bord qu'ils avaient débarquées avec une grue. Bien sûr, j'étais aux premières loges avec mes amis. Je me souviens qu'ils étaient entrés au dépanneur Boies et qu'ils étaient ressortis avec le plein de provisions liquides et autres……sans payer. Charlevoix-Est avait aussi ses motards, les légendaires Yankee dont le local est toujours debout sur la route 138. J'ai déjà eu chamaille  avec un d’eux, malheureusement décédé très jeune. Il m'avait accote dans le mur du centre d'achat en me demandant à répétition « Pourquoi t’as ri? » sans trop de conséquences. Par la suite, il a hérité d'un nouveau surnom « Pourquoi t'as ri? » plusieurs des yankee sont devenus des amis ou des bonnes connaissances par la suite. Un nom qui inspire la crainte dans le monde des motards et ailleurs est celui des Hell's Angels, j'avoue aborder le sujet avec prudence, c'est pourquoi je vais me concentrer sur des mythes et faits. Un mythe : à Boucherville quand j'y habitais de même que Mom Boucher, on disait que lorsque quelqu'un frappait chez lui pour vendre du chocolat pour une cause, il achetait la boîte au complet.

Un fait : je connais quelqu'un qui est probablement un Hell’s  Angels ou tout près de l'être. Nous étions ensemble au secondaire. On peut voir à ses écrits que c'est une personne brillante qui s'exprime dans un excellent  français et aborde des sujets très intéressants. Sa famille était beaucoup plus proche de la loi que du crime. Il n'est pas criminalisé à ce que je sache. Un autre, bien connu, a joué dans le même groupe de musique que quelqu'un que j'ai côtoyé. Claude Berger était bien connu pour être membre de l'orchestre symphonique de Québec et prof de cégep.

Une des devises des motards est LH&R pour Loyauté, Honneur et Respect, entre eux bien sûr. C'est un peu comme un chevalerie en marge de la société. Bien sûr, il ne s'agit pas de donner le bon Dieu sans confession mais ils sont tellement surveillés de près par la police de nos jours que leurs activités sont plus difficiles à réaliser . Ils ont compris de la guerre des motards, qu'un trop grand déploiement de violence ne donne rien de bon. Sont-ils présents dans Charlevoix? Difficile à dire pour le simple citoyen. Mais comme il y a du trafic de drogues ici comme ailleurs, il est fort possible que les revendeurs locaux se rapporte à plus haut.

Mes deux années au Casino de Charlevoix et Montréal m'ont aussi fait côtoyer le monde de la criminalité. Dans Charlevoix, un soir nous avons eu la visite de trois Hell's Angels et leurs compagnes. C’était le branle-bas à la sécurité. Ils se sont simplement comportés comme n'importe quel autre client et ils sont répartis presqu'aussi vite qu'ils étaient venus. À Montréal, ce sont les Rock Machine qui se sont pointés en limousine. Ils n'ont jamais franchi les portes du casino. Interceptés par le SPVM, ils avaient une mitraillette à bord.

Un autre soir dans Charlevoix , autre invité de marque Frank Cotroni, tous les policiers qui l'ont connu disent que c'est un gentleman. Lui non plus ne se fait pas beaucoup remarqué, il prend un verre ou deux et repart. A Montréal, l’épouse de Gérald Matticks du gang de l’Ouest gagne un million à la machine à sous Grand Prix. Quelques shylocks sévissent dans le Casino, des clients finiront par porter plainte contre eux et mettront fin à leur activité. C’était mes clients les plus sympathiques, mais secrètement je les haïssais pour ce qu'il faisaient subir aux gamblers dépendants.

Dans le salon VIP, quelques balles de revolvers étaient échappées. Un gros client avec un faux nom me frappe fortement l'épaule en me demandant si je viens du Lac Saint-Jean. Je savais que c'était un casseur de jambes et peut-être plus. Il va sans dire que je ne me tenais pas trop proche de certains clients. C'est sans compter les employés des casinos qui trouvent un truc pour se remplir les poches mais qui finissent toujours par se faire attraper. A Charlevoix un cadre d’assez haut niveau subtilisait des jetons à la roulette pour au-delà de 10 000$. Je suis allé moi-même lui porter sa lettre de congédiement. C'est un policier undercover qui a eu des confidences du complice de notre employé qui a permis de déjouer le stratagème. A Montréal un de mes employés aux machines à sous haute mise qui se remplissait aussi les poches de jetons de 500$. C'est le train de vie luxueux qu'il menait dans le village gay qui l'a trahi. Mis sous caméra, il a vite été repéré. On a eu aussi la visite de pickpockets roumains en pleine nuit qui volaient dans les poches et les plateaux des tables de jeux de façon extrêmement professionnel. Nous les avons démasqués, mais ça n'a pas été plus loin.

Bref, le crime organisé  est partout, mais nous sommes relativement épargnés dans Charlevoix. Souvent quand il y a descente pour la drogue, je connais les individus impliqués au moins de nom. L'argent facile est risquée. Autrefois, certains pushers semblaient être tolérés et des personnes très connues aujourd'hui s'adonnaient à cette activité. Je ne pense pas que ce soit encore le cas aujourd'hui.  Tout le monde à La Malbaie se souvient d’Ivan Check qui était vu comme une personne très sympathique malgré sa réputation de pègreux. Lui aussi était proche de la police des années 70-80. Il a fini par s'exiler en République Dominicaine.

Notre petite histoire du crime est peu fournie, malheureusement je ne la connais pas pour le secteur de Charlevoix-Ouest qui a sûrement eu quelques personnages à se souvenir, notamment en matière de trafic de drogue. Si la vie des hors la loi peut susciter une certaine fascination, il faut adopter un mode de vie extrêmement risqué. La porte du pénitencier ou la revanche d'un ennemi criminel n'est pas très loin. Heureusement le marché charlevoisien est trop petit pour susciter un grand intérêt du crime organisé .

Espérons que nous préserverons cette quiétude encore longtemps.
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