Josette McNicoll septembre

Desjardins en eaux troubles

18 juil. 2019 4 minutes 385 vues

Desjardins en eaux troubles
Mon identité a été volée, Desjardins m’a laissé un message sur AccesD. Vous allez recevoir une lettre. A la télé, on dit que 93% des lettres sont envoyées, je n’ai pas eu la mienne. Soulagement, elle est enfin arrivée, mais je ne suis pas au bout de mes peines quand j’arrive pour m’inscrire sur Equifax pour obtenir une surveillance gratuite de mes opérations bancaires pour cinq ans, ça ne fonctionne pas. Pour le moment ça va, mes comptes de banque personnel et entreprise tiennent le coup, je ne suis probablement pas assez riche pour intéresser les voleurs. Toute ma vie, j’ai mis de l’argent dans les voyages me disant que je n’emporterais pas mes dollars au paradis.

Arrivé sur le site d’Equifax c’est la frustration, il y a sûrement trop de monde à messe, impossible de s’inscrire avec le fameux code d’activation, le plus choquant est d’entrer toutes ses données et d'arriver à un cul de sac, impossible d’aller plus loin, je devrai recommencer. J’ai besoin de ne pas être volé pendant le temps que je tente de m’inscrire parce que Desjardins va avoir de mes nouvelles. Ils disent qu’ils nous protègent jusqu’à 50 000$ qu’arrive-t-il à ceux qui se font voler plus que ça, ils perdent le reste? Les voleurs d’identité ne se serviront pas nécessairement de mon identité numérique chez Desjardins, ils peuvent aller n’importe où et faire n’importe quoi, n’importe où. La protection d’Equifax est dérisoire et ne concerne que Desjardins. Des cartes La Baie et Capital One ont été obtenues et remplies à leurs limites par des voleurs d’identité. Cette identité numérique, je l’ai laissée à des centaines d’endroits depuis 1996.

Cette semaine même,  on a piraté mon compte Messenger pour envoyer de la publicité d’une entreprise de l’Ile du Prince Édouard, j’ai changé mon mot de passe et ça aussi au fil des ans, j’en ai eu des dizaines et souvent les mêmes, ce qui me rend plus vulnérable. Houston, on a un problème et un sérieux. Desjardins est au cœur d’un immense ouragan de force 5. La planète entière est concernée. Un ami européen a perdu tout son argent et a dû faire faillite, victime d’une fraude ivoirienne, ce n’est que la mini pointe de l’iceberg. Je me suis toujours senti relativement en sécurité sur internet en me disant "ça n’arrive qu’aux autres" et je suis quand même assez prudent et je n’embarque pas dans les arnaques lorsqu’une belle femme sollicite mon amitié vêtue de vêtements en dévoilant juste un peu. J’appuie sur supprimer si ça sent trop l’arnaque. D’autres entrent en contact avec moi parce que pour les gens du Tiers Monde, nous sommes tous immensément riches et ils pensent qu’on peut bien leur envoyer un petit 100$. Heureusement des pays comme la Côte d’ivoire et le Nigéria, les capitales de la fraude, sont bloqués par les agences internationales de transfert et aussi par Desjardins.

Maintenant je sais que mon identité numérique est entre les mains de bandits de grand chemin. Qu’arrivera-t-il s’ils commettent un crime avec mes données? Je risque d’être arrêté aux frontières si je voyage et dans le pire des cas, dans certains pays, jeté en prison comme on en voit beaucoup ces temps-ci. Le président de Desjardins peut bien avoir l’air stressé, il joue extrêmement gros dans cette affaire. Admettons que ça dérape, c’est 3 millions de membres qui pourraient en subir des conséquences et cette institution bancaire québécoise, une des plus solides au monde pourrait voir ses membres fuir chez les concurrents plus avancés en matière de protection des données.

Malheureusement on réagit à ce type de crise en augmentant les contrôles, c’est-à-dire en rendant la tâche plus difficile pour les clients. Tout ça ne serait pas arrivé si les données des clients étaient restées dans les caisses locales plutôt que de les centraliser. A trop vouloir devenir une grande banque, Desjardins s’éloigne de sa clientèle, cela fait que lorsque j’appelle à la caisse de La Malbaie, la personne qui me répond est probablement à Lévis ou Montréal. De plus en plus, cette identité qu’on m’a volée correspond à ce que je suis chez Desjardins. Heureusement, il y a encore des humains dans nos caisses locales, ils sont plus difficiles à atteindre un peu comme des docteurs de la finance, mais ils nous offrent un excellent service dicté par leur ordinateur et ses ratios. Ce n’est sûrement pas mieux dans les autres banques. Les temps changent, nous sommes à l’ère de la cyber criminalité. J’en suis victime comme 2,9 millions d’autres. Les bandits pigeront-ils mon numéro ou le vôtre pour se remplir les poches. Imaginez le trouble que ce sera si jamais ça arrive. J’aime mieux me fermer les yeux et ne pas y penser.

 
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