PROVIGO LA MALBAIE
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Charlevoix, mon choix!!! ---Avertissement---- Cet article est bon pour le moral et flattera votre fierté de charlevoisien(ne)s. Veuillez rester humble svp.

14 avr. 20219 minutes

Charlevoix, mon choix!!!   ---Avertissement----  Cet article est bon pour le moral et flattera votre fierté de charlevoisien(ne)s. Veuillez rester humble svp.

Une des questions que l'on me pose très souvent depuis mon arrivée dans Charlevoix en 2012 est la suivante; Pourquoi tu es venu à La Malbaie ouvrir une auberge de jeunesse? Pourquoi dans Charlevoix? La réponse est loin d'être simple et j'ai rarement le temps de bien m'exprimer sur le sujet. Pas toujours facile entre 2 clients, entre 2 téléphones, avec 3 assiettes dans les mains ou 3-4 commandes en tête. Dans ces moments, ma réponse rapide se résume à pointer du doigt le fleuve dont la vue est magnifique de l'Auberge ou bien je réponds; la nature et les paysages. Mais là, je suis assis hyper relax pis j'ai toute la journée pour prendre le temps de mieux répondre à la question.

Après un séjour de 2 ans en France pour ma maîtrise en tourisme durable, je suis revenu au Québec avec une petite écœurantite aigue de la recherche scientifique, des concepts, de la théorie, des travaux écrits à plus finir et d'être toujours en classe ou au bureau. Je ressentais une envie viscérale de retourner sur le terrain, me reconnecter avec cette nature qu'on étudiait tant et revenir dans le monde réel. À ce même moment, ma décision de ne pas continuer la recherche au prochain niveau du doctorat se confirmait de plus en plus dans ma tête. C'est ainsi que mon changement de cap me mènera 8 mois plus tard sur le terrain, assez radicalement. J'y entame mon expédition ultime, l'expérience d'une vie: ''Appalachian trail, Georgia To Maine.'' C'est un long sentier de randonnée de 3500 km qui traverse 13 états différents sur la côte-est américaine en suivant la crête de la chaine de montagne des Appalaches. Ce sentier est légendaire par sa longueur et son tracé, il existe depuis les années 1930. Environ 5000 personnes chaque année tentent pendant environ 5 mois de parcourir le sentier dans son entièreté. En moyenne, 1 personne sur 10 atteigne leur but.

carte

Après tant d'études, de lecture et de recherche sur le tourisme durable, d'avoir la chance de marcher, un pas à la fois, ce sentier, qui représente l'exemple parfait d'une approche touristique durable, était vraiment inspirant pour moi. Parmi ce qui m'a le plus impressionné, la synergie et l'entraide des communautés locales envers les randonneurs et l'offre d'hébergement alternatif mis à leur disposition tout au long du sentier; campings, refuges, églises, écoles, chambres chez l'habitant, yourtes, tipis, maison dans les bois, anciennes tours d'observations pour feux de forêt, granges, dortoirs, etc. Certains accessibles en tyrolienne et d'autres écoresponsable et en parfaite autonomie au milieu des bois. Certains se payaient en contribution volontaire tandis que d'autres étaient gratuits. Sinon, le prix moyen variait entre 5 et 20$ la nuit.

Étant une personne avec pas mal de jasette, je vous laisse imaginer les belles rencontres et les belles conversations que j'ai pu échanger tout au long de ma grande marche. Certains de ces établissements, surtout ceux dans les villages, jouaient un rôle important dans leur communauté et avait une relation privilégiée avec les randonneurs. Faut comprendre ici que c'est le summum de l'hospitalité à prix modique. Les randonneurs passent environ une semaine en forêt à manger du gruau pis du thon en sachet, pas de douches et aucune connexion internet. Quand on débarquait dans un village pour la pause et le ravitaillement, on puait, on était sale, on sautait dans douche et avait extrêmement faim pour de la vraie bouffe, on avait encore plus soif pour une bonne bière froide, on avait la libido dans le tapis, on voulait visiter le coin et rencontrer du monde, on avait besoin de réparer nos équipements, acheter de la bouffe pour la prochaine semaine, faire notre lessive, aller au bureau de poste ramasser nos colis, soigner nos bobos, se connecter en ligne afin de donner des nouvelles et vérifier nos mails, prendre les infos importants pour la prochaine section du sentiers, etc

Tout cela sans voiture, sans ordi ou cellulaire et en moins d'une journée afin de retourner dans les bois le lendemain reprendre notre chemin. Imaginez le travail des hôtes; héberger les randonneurs sales souvent avec des blessures physiques ou morales, les nourrir, les conduire, répondre à leur mille et une questions et surtout tout faire pour tenter de satisfaire leurs multiples besoins. Tout cela pour quelques dollars,''Huge Respect''. Ces Hôtes travaillaient fort mais semblaient très heureux aussi. Ils étaient très impliqués dans leur communauté respective tout en restant connecté au monde entier à travers la visite des randonneurs. J'y ai trouvé un équilibre que je recherchais.

De retour à la maison début octobre, mon idée était claire. J'allais opérer un lieu d'accueil écoresponsable pour une clientèle qui voyage par le plein air dans un endroit majestueux qui favorise le tourisme durable. Après, la forme du projet, l'endroit exacte, tout était à définir. Je me revoie, 10 ans passés, dans la chambre chez mes parents, recommencer à faire de la recherche, en train d'écrire à mes contacts un peu partout pour trouver ce fameux projet au bon endroit. Ayant fait mes études universitaires à l'extérieur du Québec, mes contacts dans mon domaine sont surtout internationaux. Dans mon programme de maitrise en France, on était 16 personnes de 10 pays différent dont la Syrie, l'Albanie, le Bénin et le Maroc par exemple. Je n'avais donc pas de limite dans ma recherche, liberté totale, à 25 ans, je rêvais, le monde m'appartenait. Des projets intéressants s'offraient à moi. Certains prometteurs et plus sérieux, d'autres juste débile. Sentier équestre et réseau de refuges en Mongolie, hébergement touristique dans des cavités rocheuses dans le désert du Sahara au Maroc, création d'une offre d'activités aventure et hébergement alternatif dans le spectaculaire Canyon Sumidero dans l'état du Chiapas au Mexique, mise en place d'un tourisme d'expédition et d'éco-volontariat en Patagonie au Chili, etc.

Il fut dur de résister à la tentation de ces projets tous plus motivant les uns que les autres. Mais je revenais d'un séjour de 2 ans en France et d'une expédition de 6 mois aux USA. À ce moment-là, mes proches et mon chez moi me manquait beaucoup. L'idée de déménager et m'impliquer dans un projet de vie lointain à l'étranger me soulevait plusieurs réticences. Autant que ma curiosité m'attire toujours vers l'étranger, autant j'ai cet amour profond pour mon Québec et l'hiver qui finit toujours par me ramener à la maison.

Pendant 1 mois environ, ce combat incessant faisait rage dans ma tête entre ma curiosité et mon goût d'aventure vs mon amour du Québec.  À travers ce duel étourdissant, fatiguant, où mes priorités sont rudement mises à l'épreuve, un nouveau sentiment d'une force insoupçonnée pris forme. La gratitude. Cette gratitude d'avoir eu une famille, une bonne santé, la chance de faire des études universitaires, la chance de voyager, d'étudier en anglais et apprendre l'espagnol, la possibilité de pratiquer plusieurs sports au courant de ma jeunesse, d'avoir le soutien de mes parents, pas toujours évident haha, dans les moments importants et cette capacité à avoir confiance en moi pour toujours me lancer dans de folles aventures. De cette gratitude est venu aussi un autre sentiment qui l'accompagne, une certaine responsabilité de redonner. C'est cet état d'âme qui a fait pencher la balance dans ma décision finale, je vais faire ma vie au Québec, en français, parmi mes compatriotes. C'est le Québec qui m'a offert la plupart de tout ça, c'est ma patrie à moi. Je veux y participer. J'ai beaucoup à partager.

Quel soulagement! Une fois la décision prise de rester au Québec, je me roule un deux papiers pis j'ouvre une carte géographique du Québec. Je concentre ma recherche sur les régions qui ont des montagnes, sans ça, la vie est plate. Procédant par élimination, il reste donc la Gaspésie, Charlevoix, les Laurentides et l'Estrie. Je voulais un endroit ouvert à l'année donc, du coup, on élimine la Gaspésie. Je trouvais que le tourisme dans les Laurentides et l'Estrie était déjà très bien développé et leurs montagnes ne représentaient pas l'aspect sauvage, nordique des montagnes de Charlevoix.

 

 

Après cette approche par élimination, plus méthodique. J'ai regardé la carte de mon Québec avec mon cœur. Les souvenirs de mes 2 passages dans Charlevoix ont refait surface, le fleuve, les montagnes, les paysages, les petites maisons colorées, les fermes, les granges, les baleines, le kayak, l'Isle Aux Coudres, la traversée de Charlevoix, les parc nationaux, l'Acropole, le parc marin, la route des saveurs, les économusées, la neige abondante en hiver, la proximité avec Québec et Lac St-jean, etc. Mon choix était évident, fait depuis quelque temps, je voulais juste m'en assurer. J'allais donc faire ma vie dans Charlevoix.

 

 

Pas de temps à perdre. En plein mois de novembre, je prépare mes affaires, emprunte la vanne à mon père, embarque un matelas et hop on monte dans Charlevoix. J'arrête à Baie-Ste-Paul, visite la ville en fond et en comble, visite 2-3 places à vendre mais continue rapidement mon chemin vers La Malbaie. Il était important pour moi d'avoir la vue sur le fleuve et être au centre-ville. Malheureusement, Baie-St-Paul ne peut pas offrir cela. Désolé gens de l'ouest, je vous adore quand même.

 

Rendu à Malbaie, je tombe sur l'immeuble de l'auberge actuelle qui était une résidence de retraite en vente depuis 3 ans et j'y dépose une offre d'achat. Fin janvier, j'emménage quelques mois en haut du Veilleux en attendant d'avoir les clefs. Je fais la connaissance de Marc Fortin, l'agent d'immeuble Denis Lavoie et l'urbaniste de la ville à l'époque. Vous connaissez le reste de l'histoire... La première auberge de jeunesse de l'histoire de La Malbaie a vu le jour sur St-Étienne au centre-ville.

 

Ce qui est magnifique dans tout ça, c'est qu'autant dans mon cœur que ma recherche plus objective, les deux chemins m'ont mené dans Charlevoix. Que ce soit par l'analyse conceptuelle du territoire et son économie, ou par mes sentiments, Charlevoix devenait pour moi le plus bel endroit du monde. J'ai écrit 10 ans passés dans mon plan d'affaire; ''le nouveau corridor touristique du Québec sera Québec-Tadoussac''. Faut croire j'avais raison! Regardez le développement du Massif, l'arrivée du Club Med, le train, le G7, l'ouverture de la Vallée des Glaces, le géoparc et l'arrivée du Pavillon Hubert Reeves. Je suis convaincu que notre avenir est extrêmement prometteur si on a la clairvoyance d'orienter cette industrie touristique vers une approche durable. Parmi tous les endroits dans le monde et dans notre beau Québec, j'ai choisi la Malbaie pour y vivre et y développer mon projet de vie. Le plus beau plus meilleur génial trou du monde. Si vous n'êtes pas convaincus, aller vous promener ailleurs, vivez-y quelques mois, vous verrez avec le temps. Cela fait maintenant 9 ans je suis établi ici. Oui c'est vrai, ce n'est pas toujours parfait, des fois ''y fais frette en ciment'', on n'a pas de piste cyclable, on fait parti de la capitale nationale, mon ouverture d'entreprise a été compliqué, mon intégration à la communauté n'est pas encore terminée. Mais une chose certaine, je suis toujours amoureux de la place et je referais exactement la même chose si c'était à recommencer. Et vous, réalisez-vous la chance vous avez d'être né ici ? Vivez-vous dans Charlevoix par choix? Aimeriez-vous vivre ailleurs?

 

 

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