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Jean-Guy Girard le défricheur

18 nov. 2019 7 minutes 417 vues

Jean-Guy Girard le défricheur

Jean-Guy Girard dit Siki est né à La Malbaie. En fait son surnom vient de celui de son père Euclide Girard qui avait ainsi été baptisté à l'occasion du passage de lutteurs dont un se nommait approximativement Duncan Seekee. On ne sait pourquoi le nom a collé au père de Jean-Guy et ensuite à son fils. Il est élevé dans une fratrie de six enfants dont un seul est décédé à ce jour. Sa mère se nommait Marie-Laure Lajoie. Notre personnalité et sa famille déménagent dans la Côte Sainte-Antoine à Pointe-au-Pic alors qu'il était jeune. Concernant les études, comme le dit lui même, il a doublé sa 2, sa 4, sa 6 et passé sa 7 par charité. Malgré de l'aide à la maison de madame Hélène Bhérer, sa façon d'apprendre ne colle pas avec la pédagogie de cette époque. Il continue néanmoins sa formation à l'école des métiers à La Malbaie. Il participe à la mise sur pied de l'atelier de débosselage alors très rudimentaire. L'école était pour lui un terrain de jeu qu'il ne prenait pas au sérieux.

Il fait de la musique avec des amis avec le groupe THE BEST MACHINE. Jean-Guy est aux drums. Léonce Émond, Michel Murray et feu Léo Villeneuve complètent le quartuor. Léonce Émond construit même un local de pratique de toutes pièces attaché à l'atelier paternel.

Glissade vers l'enfer

À dix-sept ans, il commence à consommer de l'alcool, il n'aime pas beaucoup le goût et il ne prendra qu'une seule brosse dans sa vie. Comme son père était alcoolique, il ne voulait pas suivre le même chemin. Mais il y avait autre chose qui l'attendait au détour. Un jour dans l'autobus scolaire,une fille de médecin de La Malbaie, lui offre une petite pilule qui s'avère être du LSD. Il prend trois jours à s'en remettre, mais il a trouvé l'exutoire dont il a besoin. La deuxième fois, elle lui donne une petite roche brune de hachsish, c'était parti pour Jean-Guy dans le monde de la toxicomanie. Il se marie et le couple a deux enfants Gabriel et Marie-Soleil. Jean-Guy consomme de plus en plus, comme il est très sociable et excellent vendeur, il commence à vendre de la drogue à ses amis. À l'époque, les Hell's Angels n'étaient pas pris au sérieux et c'est plutôt la mafia qui contrôlait le trafic de drogues. Son épouse vit de plus en plus difficilement sa toxicomanie et elle lui donne un ultimatum. Jean-Guy est passé à la cocaine comme plusieurs personnes au début des années 80 et son état général se détériore.

Durant toute cette période, il travaille sur la construction, justement pour le père de Léonce, Édouard Émond et également une quinzaine d'années pour Charles Émond, des entrepreneurs du Chemin Mailloux. Il consomme régulièrement et continue son petit commerce.

La lumière fut

A trente-cinq ans, au bout du rouleau,  il va justement chercher de l'aide auprès du même Léonce qui est devenu sobre, il est aussi en couple avec sa soeur Francine. Il entre en sevrage à l'hôpital de La Malbaie pour ensuite être dirigé en thérapie à la Maison de l'espérance à Sainte-Foy. Pour son épouse, il est trop tard et la séparation est confirmée. Jean-Guy dit que ce fut une excellente chose pour lui et qu'aujourd'hui, les relations avec son ex sont excellentes. Il va habiter chez Léonce et Francine. Il travaille comme homme de ménage au Bar à Jazz à Pointe-au-Pic. Il doit faire un deuxième sevrage, parce qu'il a remplacé la drogue par les médicaments. Il le fait à froid dans un motel quasi miteux du Castel de la Mer. Son épouse et ses enfants déménagent à Québec.

Avec l'aide des membres des alcooliques anonymes, il commence une nouvelle vie sans drogue. En 1990, avec deux autres membres des AA, il fonde Ressource Genesis qui existe toujours aujourd'hui. Dès le départ, il s'investit à fond pour l'organisme, d'abord comme bénévole et par la suite comme salarié six mois par année. Fini l'argent facile de la vente de drogue, la vie sera faite de travail pour gagner un salaire peu élevé. Il n'a aucune formation d'intervenant, c'est pourquoi au départ il aide à partir de son propre vécu. Il pouvait comprendre les toxicomanes et parfois même les sortir du pétrin s'ils avaient des tracas avec des fournisseurs. Jean-Guy leur expliquait fermement que la personne voulait s'en sortir et de le laisser tranquille. Ça fonctionnait la plupart du temps. Ressources Genesis devient assez rapidement une référence dans la prévention et l'accueil des alcooliques et toxicomanes. Selon les besoins, l'organisme occupe plusieurs emplacements à La Malbaie. Le financement est dépendant de subsides temporaires des gouvernements.

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L'organisme a déjà eu jusqu'à douze employés sur des programmes gouvernementaux. Plusieurs étaient des toxicomanes et des alcooliques qui avaient une chance de se réinsérer dans la société. Il accueille de 60 à 80 nouveaux cas par année. Feu André Fortin de Vision d'Espoir de sobriété à Baie-Saint-Paul est un très bon collaborateur et les échanges sont constants. Genesis se fait une crédibilité et s'intègre dans le système de santé d'État comme organisme collaborateur. Le Casino de Charlevoix collabore avec l'organisme pour la prévention et l'intervention pour le jeu compulsif.  Le Manoir Richelieu signe aussi une entente avec Ressources Genesis.

Un tournoi de golf très couru....et payant

Des les débuts de Ressources Genesis, Jean-Guy cherche une activité de financement qui vaudrait la peine pour son organisme. Il faut dire que les talents de solliciteurs et de vendeurs de notre personnalité s'exercent à tous les niveaux. L'activité du mois d'août devient le plus gros tournoi social de Charlevoix. Il va jusqu'à acheter de la vaisselle pour nourrir ses participants dans autre chose que des assiettes de carton. Les commanditaires sont très nombreux et les présidents d'honneur très investis. Jocelyn Harvey, Georges Picard de SEC PRO, le pharmacien Denis Rioux se succèdent au fil des années. Le peintre Jacques Hébert est un assidu et a donné plusieurs aquarelles.  Le Casino offre des bronzes de Léonce Émond. Lors d'encans, des pièces se vendent à des milliers de dollars et le tournoi est très lucratif pour Genesis. Il faut dire que Jean-Guy apporte de l'aide discrète à plusieurs gens d'affaires. Paradoxalement, ça prend un p'tit coup au tournoi de Genesis et la fête se poursuit tard en soirée dans un mélange de sobriété et d'ivresse mais toujours dans le plaisir.

Pour du meilleur

Lorsque Jean-Guy quitte l'organisme, c'est avec la satisfaction du devoir accompli. Avec sa conjointe Céline Fortin qui a fait du bénévolat et de l'intervention au sein de l'organisme, ils continuent d'apporter de l'aide bénévole à quelques personnes qui ont confiance en eux. Il tient aussi à souligner le travail de DOMRÉMI à Clermont qui offre aussi des services aux personnes prises dans l'enfer de l'alcool et de la drogue.

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Malgré une vie passée à aider son prochain, il ne vit pas riche. Il a choisi le chemin de l'altruisme plutôt que l'argent facile de la drogue. À 68 ans il est grand-père de la petite-fille de son fils Gabriel et partage toujours sa vie avec Céline. Il voit un système de santé qui a beaucoup changé et l'organisme Genesis également qui s'est professionnalisé. L'approche est aujourd'hui moins basée sur une compréhension liée au vécu. S'il ne veut pas se prononcer, on peut deviner que Jean-Guy n'est pas convaincu de l'efficacité à long terme des nouvelles méthodes. Cependant la situation des dépendances est de plus en plus complexe et le profil des dépendants plus diversifié. Jean-Guy fut un pionnier de l'intervention en alcool et drogues. Plusieurs s'en sont sortis et sont sobres, mais il a l'humilité d'admettre que d'autres consomment encore ou ont posé un geste fatal qui leur a enlevé la vie. Le monde des dépendances est plein de misère, il cotoie de près l'univers de la santé mentale. Ça prenait des gens comme Jean-Guy et André Fortin pour ouvrir le chemin. La voie suivie aujourd'hui est différente et Jean-Guy souhaite la meilleure chance à ses successeurs.

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