LA VUE no. 1

Le motard justicier : Stephen Lessard de Sainte-Madeleine

9 mai 2022 5 minutes 3202 vues

Le motard justicier : Stephen Lessard de Sainte-Madeleine

Certains Charlevoisiens qui ont quitté la région relativement jeunes ont eu des carrières d’exception dans toutes sortes de domaines. Stephen Lessard fait partie de ceux-là.


Son père était chauffeur privé de Louis Adjutor Amyot, propriétaire du célèbre Dominion Corset dont l’usine était située près des chutes Montmorency. La famille Amyot possédait une maison à Pointe-au-Pic et la famille a suivi l’employeur pour s’installer dans le rang Sainte-Madeleine avec sa sœur Brenda, sa mère et son frère Jocelyn qui arriva plus tard. Sa mère était une pure Irlandaise qui s’exprimait en anglais et Stéphane a toujours honoré son héritage irlandais entre autres, en fréquentant les jeunes de la communauté irlandaise à Québec qui avaient leurs propres quartiers dont le premier était situé au Cap Blanc dans le port de la ville. En 1968, son père achète la vieille école du rang Sainte-Madeleine à La Malbaie tout en conservant une maison dans la capitale.


Les couleurs irlandaises

L’adolescent Stephen avait 2 passions : les motos et l’eau. Ainsi à la demande de Claude Gagnon fils de Fernand, capitaine propriétaire du Saint-André, il s’embarque pendant 2 ans sur la goélette. Dans ses temps libres, il fonde un club de motard avec ses amis Jean-Guy Girard (SIKI), Léo Villeneuve (RIP), Joachim Villeneuve, Jean Villeneuve, Bernard Forgues et plus encore. Ils s’appelaient les Pacific Vikings et leur pied à terre était au Bistro de la rue principale à Pointe-au-Pic. Leur satisfaction, ils la trouvaient dans l’esprit de groupe et l’entretien de leur moto.



Le père de Stephen pense qu’à 18 ans il est temps de faire des choix. Il lui explique qu’il se tient sur la ligne entre le bon et le mauvais et qu’il peut tomber d’un côté comme de l’autre. Stephen choisit le bon et pose sa candidature pour différents corps policiers et à la Donohue où plusieurs de ses amis travaillaient. Il est accepté à l’usine, mais l’offre de la police de Québec lui plaît davantage. Il entre dans une période d’un an d’entraînement paramilitaire pour intégrer les rangs de la police de Québec.


À 18 ans et demi, le voilà patrouilleur et au début d’une carrière qui durera 30 ans. Il est affecté à des quartiers chauds de la Ville, souvent de nuit. Saint-Roch, Saint-Pascal et même Saint-Augustin-de-Desmaures où il y a plusieurs bars fournissent beaucoup d’actions. Stéphane a de l’ambition. Dès le départ, il vise une participation sur les escouades mixtes qui combattent le grand banditisme et le crime organisé. Un cadre de la police le remarque et le prend sous son aile et il participe à de nombreuses frappes contre des trafiquants et autres criminels. Il planifie même avec ses collègues la stratégie d’intervention. C’est l’USI : l’unité spéciale d’intervention. La plus grande saisie de drogues trouvée par Stephen comptait 20 kg de cocaïne. Il a aussi participé à la saisie d’armes et croisé le chemin de tueurs à gages à de nombreuses reprises dont un des Hell’s les plus célèbres Yves Apache Trudeau. Il faisait le lien avec les magistrats pour obtenir les mandats de perquisition.


Maintenant père de 2 enfants, Philippe et Catherine, il continue de venir très souvent dans Charlevoix dans la maison de Sainte-Madeleine. Pendant 2 ans, il est même propriétaire de la discothèque La Licorne à Pointe-au-Pic où son frère Jocelyn agissait comme ‘’doorman’’ et Jean-Paul Vachon comme animateur. Il se retire, car ça se conjuguait mal avec sa profession de policier. Ses dernières années de carrière, il les fera à moto. Il est un des 10 motards et motoneigistes de la police de Québec. Rendu dans la quarantaine avancée, il jouit de privilèges auxquels les jeunes ne peuvent pas prétendre. Ainsi au garage, les motos sont toujours priorisées et réparées. Il accompagne fréquente les convois officiels d’hommes ou de femmes d’État. En 1999, il fait l’objet d’un reportage dans le journal Voir où il dénonce le nombre de manœuvres illégales et parfois dangereuses faites par les automobilistes et qui l’occupe alors dans ses nouvelles affectations de policier à moto.



À 48 ans, il prend sa retraite, il s’installe à L’Ange-Gardien près de Québec sur le bord du fleuve et il partage son temps le plus souvent possible en moto entre La Malbaie et Gloucester, Massachusetts, ville américaine qu’il a adoptée et qui l’a adopté. Ses compagnons de voyage sont 2 anciens policiers dont un de 82 ans et l’autre de la GRC.


Stéphane Lessard à Gloucester

Au cours de sa carrière, pour éloigner le stress de son métier, il se lance dans une recherche très approfondie sur les croix de chemin dans Charlevoix et il en a même construit une lui-même. Il aurait aimé publier cette volumineuse recherche qui lui a demandé 4 ans de travail, mais il reste satisfait de l’avoir fait pour lui-même. Il a aussi documenté toute sa carrière avec différents articles de journaux et autres documents et il continue de s’intéresser à ses racines irlandaises dont il peut remonter plusieurs générations. Il est 6 fois grand-père et ses enfants vivent toujours dans Charlevoix. Il a une conjointe depuis plusieurs années et elle est en train d’apprendre à faire de la moto pour accompagner son copain dans ses longues ‘’rides’’ aux États-Unis.



On ne peut pas tout raconter des années où Stephen faisait des frappes policières car certains criminels peuvent toujours être en activité. À la retraite depuis une vingtaine d'années, il a toujours la passion de moto, particulièrement pour la marque Indian alors que la majorité est adepte des Harley Davidson. Il s'intéresse toujours à Charlevoix et on le voit souvent dans les parages oû il a beaucoup de vieux amis. Il est un peu exemple de comment un seul choix peut déterminer toute une vie. S'il avait choisi à 18 ans de choisir le mauvais côté de la vie de motard, il serait peut-être en prison aujourd'hui ou pire encore. Une décision a tracée son chemin.  




Auteur : Claude Harvey



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