Jean Coutu MA (voeux noel)

Mon fils a 36 ans

2 nov. 2021 5 minutes 455 vues

Mon fils a 36 ans

J’ai 62 ans, c’est dur parce que dans ma tête j’ai 36 ans, mais mon corps me dit le contraire. Vieillir est difficile. Heureusement que nous avons notre famille, nos enfants et nos petits-enfants. Il n'est pas évident d’écrire sur sa propre famille, le côté émotionnel prend beaucoup de place, mais mes deux fils sont des Charlevoisiens qui font leur chemin comme tous ceux de leur âge qui vivent dans une époque assez différente de ce que nous avons vécu.


Alexandre est né en 1985, 6 jours avant sa naissance j’ai cessé de consommer drogues et alcool et je n’en ai jamais repris. Mon fils ne m’a donc jamais vu en état d’ébriété ce qui ne veut pas dire qu’il a nécessairement imité son père. Très jeune, vers 5 ans, il avait un don spécial il pouvait identifier la plupart des logos de marques ou d’équipes de sport et il savait lire avant d’entrer à la maternelle, ma mère qui servait de garderie à 5$ lui avait transmis ce savoir. Dès l’âge de 8 ans, il faisait des ravages dans la gent féminine et il avait des amours de vacances un peu trop avancées pour son âge. Frencher toute la soirée avec une petite-fille de la rive sud de Montréal, était-ce normal? Nous avons habité 20 mois à Boucherville alors qu’il était au début de l’adolescence, une de ses amies de classe était d’ailleurs Virginie Fortin. Il faut dire que dans cette ville il y a une vedette au pied carré y inclus la grosse maison de Ginette Reno à 5 minutes de chez nous.



La vie et le casino nous ramènent à La Malbaie ou mon fils et ses parents aussi vivent une période plus difficile. En secondaire 3, ça brasse à la Polyvalente, la marijuana circule, les vautours pushers rôdent autour des jeunes et Alex fait partie du portrait avec ses 2 plus proches amis qui sont presque comme nos fils. Une bagarre éclate, nos 3 lascars en sont les protagonistes, ils sont expulsés de l’école. Cette période douloureuse nous a permis moi et Lisa de rencontrer les parents des deux autres qui sont devenus des amis pour la vie, ce qui montre qu’il y a du positif dans tout.



Alex a fréquenté le CECC mais sans véritable, il est devenu musicien guitariste et cela l’amène à s’inscrire en Gestion et techniques de scène à Montmagny. Le hasard faisant drôlement les choses, dans les cas c’est moi qui est le directeur de l’école. Il a joué beaucoup improvisé à La Malbaie, à Clermont. à Montmagny, à Saint-Pascal et ailleurs avec un talent certain.



Je me suis fait la promesse d’amener toute ma famille visiter un pays que j’affectionne particulièrement le Maroc. Je pars donc pour un voyage père-fils en compagnie de Dominique Bouchard RIP, ex-propriétaire de la tabagie le Calumet au centre commercial Place Charlevoix. Rien de mieux qu’une telle aventure pour solidifier les liens familiaux et d’amitié.


Il décroche son DEC et un emploi à Cavalia. Mais il est extrêmement allergique aux chevaux, il doit donc changer d’emploi. Il est en couple avec Myriam qui a suivi la même la formation et ils partent à Montréal pour travailler pour Solotech, de soir, de nuit, de fins de semaine. Dans ce domaine, les conditions de travail sont difficiles. ‘’Pousser des coffres’’ comme ils disent n’est pas l’activité la plus valorisante et la génération de vieux techniciens à couette est toujours assise derrière les consoles, le poste le plus convoité en son ou en éclairage. Les jeunes n’ont pas la vie plus facile que nous avions dans beaucoup de cas. Le travail reste dur et exigeant et les salaires bas même pour des diplômés collégiaux. Le couple s’effritant, c’est le retour au bercail. Un emploi au Manoir Richelieu pour une 5e génération de la famille Harvey de Flavien à l’incinérateur, Gérard au taxi, Bertrand au valises, Claude au golf et Alexandre aux projecteurs. Le gang de chum se reforme et donne quelques concerts dans la région, auberge de jeunesse et restaurant. L’âge adulte se présente sous la forme de petits bébés, la grande majorité devient papa, dont Alexandre, avec l’arrivée de notre amour Camille en 2017.



Alexandre est un excellent papa, je crois qu’un enfant ne peut espérer mieux. Attentionnée, démonstrative, enseignante, sa fille est la prunelle de ses yeux. Redevenu célibataire, il maintient de bons rapports avec son ex-conjointe ce qui est important pour les enfants. Il essaie de tirer son épingle du jeu professionnellement, mais il travaille dans un drôle de domaine. Il est appelé à voyager, mais ça demeure toujours incertain au gré des contrats. Il a une espèce de vaisseau spatial dans son appartement, mélange de studios d’enregistrement et de station ultramoderne de jeux vidéo. Célibataire, il consacre plusieurs heures à socialiser virtuellement et il fait des tournages cinéma avec un réalisateur de La Malbaie.


C’est mon fils, pas pire pas mieux qu’un autre, mais je l’aime. Et lui peut beaucoup mieux que moi à son âge, me dire qu’il m’aime. J’ai la chance de l’entendre souvent, souvent, et de mon autre fils aussi. Je me fais coller, je n’ai pas osé faire ça à mon père avant qu’il ait 75 ans. J’ai hésité à écrire sur mon fils ne voulant abuser de ma tribune, mais finalement il est représentatif des trentenaires aujourd’hui qui ne sont pas tous des superhéros, mais qui font leur vie avec des difficultés finalement semblables aux nôtres, mais je pense qu’en majorité ils sont moins ‘’poqués’’ émotionnellement et plus ouverts à l’affection humaine et ça peut être considéré comme un pas important dans la société.

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