RECRUTREMENT Groupe LEBEL

Monsieur Karaoké

28 févr. 2022 4 minutes 1565 vues

Monsieur Karaoké

Port-au-Persil est un des plus beaux endroits de Charlevoix. Un certain nombre de familles y habitent depuis des générations. C’était le cas de Pamphile Boily et de sa femme Simone Villeneuve, qui était originaire de Pointe-au-Pic. Ils ont eu 16 enfants qui ont grandi sur la ferme familiale. Il en reste 13 vivants dont 2 sont décédés en bas âge. Notre personnalité, Jean-Claude Boily, aujourd’hui dans la soixantaine a acheté la ferme de ses parents en 1980. Il y élève des bœufs de boucherie et possède aussi de grandes terres dont un territoire de chasse, même s’il ne chasse pas.


Mais revenons dans les jeunes années de Jean-Claude. Il fréquente l’école de Saint-Siméon dans la même classe que l’animateur de radio, maintenant pocatois, Michel Harvey. Les deux sont dans la chorale de l’école dirigée par des religieuses. Jean-Claude a une belle voix et il est souvent le soliste dans les spectacles pour ses compatriotes de Saint-Siméon. Il se sent mal à l’aise dans la soutane qu’ils doivent porter et il a l’habitude de rire pendant les activités. Il faut dire qu’à 11-12 ans, il avait déjà tiré 22 vaches avant d’arriver à l’école. La religieuse responsable l’expulse de la chorale et lors de la distribution de statuts de la Sainte-Vierge aux méritants, il est le seul à ne pas en recevoir. Il est complètement traumatisé par cet événement qui lui brise le cœur. Il cesse totalement de chanter et pendant des décennies son talent ne s’exprimera plus. Cette blessure est ancrée dans sa mémoire comme une injustice tenace.


Pendant 35 ans, il exploite sa ferme et ses terres. Le seul endroit où il s’autorisait à chanter était dans les étables avec et pour les stages et sur son tracteur. Ses proches n’ont aucune idée de ses talents. Il a été 25 ans avec la même épouse et elle ne l’a jamais entendu chanter.


Un jour, il a vent d’un concours de chansons au Mont Grand Fonds. Il a commencé un peu à sortir de son mutisme musical et les gens qui l’entendent l’encouragent à faire connaître son don. Il se rend en finale du concours devant une salle comble dans la salle de la station de ski. Le gagnant fut Claude Perreault de Saint-Hilarion. Il a pu faire 4 chansons en finales devant sa famille complètement étonnée. De plus, il dégageait une confiance en lui malgré que ses dernières assistances dataient de son enfance. Ce fut le coup de pouce qui lui permet aujourd’hui de chanter devant des gens qui apprécient beaucoup sa voix.



À 50 ans, il change de métier et devient camionneur artisan et son travail l’amène dans le Parc des Laurentides. Il chante plusieurs chansons dans un karaoké à Laterrière laissant sans voix ses collègues constructeurs de route. Le lendemain l’un deux vient le voir et comment il n’a pas encore choisi son nom de camionneur (une tradition dans le domaine), celui lui propose le nom de Monsieur Karaoké. Jean-Claude est séduit par la suggestion et fait lettrer son camion avec son nouveau nom. Pierre Bouchard, artiste de Baie-Saint-Catherine, participe à la création du visuel.



En 2005, M. Karaoké est ressuscité et guéri de son traumatisme d’enfance, prend un grand plaisir à chanter. Il collabore avec Maxim Farago et rencontre des artistes qu’il admire, dont Michel Rivard.


Il fait quelques concours dont La Voix de Charlevoix et depuis quelque temps il fait des karaokés live sur Facebook.


Avec humilité, il dit ne pas avoir un large auditoire, mais son live de la veille a suscité 950 commentaires. Toutes les semaines, pendant 2 heures il interprète entre 30 et 40 chansons ce qui est énorme. Son répertoire est composé en bonne partie des chanteurs français comme Sardou, Bécaud, Hallyday, Barrière et des Québécois comme Patrick Normand, Charlebois, Dubois, Rivard etc. Sa chanson fétiche est le Ranch à Willie qui devient Monsieur Karaoké.



Hors de la musique, monsieur Boily a déjà tenté sa chance comme conseiller à Saint-Siméon Paroisse. Il est arrivé et le gagnant s’est déterminé par un tirage au sort qu’il n’a pas remporté. Il y a quelques années il a vendu sa ferme à monsieur André Desmarais qui y a installé sa Ferme aux 4 temps. Il y travaille comme employé, entre autres, parce qu’il est très difficile de trouver du personnel. À la toute fin de l’entrevue, il me dit qu’il a aussi été jongleur sur monocycle. Un genre d’activité qu’on ne voit pas tous les jours. Pendant 18 ans, il a aussi opéré un gîte touristique de 3 chambres où il a fait toutes sortes de rencontres.


Jean-Claude Boily n’est pas une personne banale et nous savons tous les deux qu’il en aurait encore plus à raconter.


POUR VISIONNER UNE DE SES PERFORMANCES :


https://www.facebook.com/jeanclaude.boily.3/videos/5010906112331370/



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