LA VUE no. 1

Pierre-Paul Savard: surmonter les obstacles par l'implication sociale.

5 nov. 2020 7 minutes 416 vues

Pierre-Paul Savard: surmonter les obstacles par l'implication sociale.

Depuis que je suis tout petit que je connais notre personnalité du jour puisqu'il a épousé une cousine de mon père, Raymonde Bergeron de la Côte Bellevue qui est toujours à ses côtés plus de 50 ans plus tard.

Pierre-Paul est un Clermontois d'origine, premier d'une famille de 11 enfants, fils de Fernand Savard et Céleste Villeneuve. Son père était membre des Forces armées, ce qui fait que la famille qui comptait alors 2 enfants a vécu un certain temps dans la côte d'Abraham à Québec. Il allait souvent chez ses grands-parents maternels à Cap-à-l'Aigle. À la fin de la guerre, ils reviennent à Clermont et son père entre à l'usine Donohue comme ''chauffeur de boiler'' ou mécanicien de machine fixe. Il fait son primaire à l'école anglaise de Clermont, mais on n'y parlait pas un mot d'anglais puisque c'était plutôt l'école quasi réservée des patrons anglais de l'usine. En troisième année, il intègre l'école publique régulière.

Le cours classique se donne à La Malbaie et le hockey est le sport de prédilection. Même s'il comprend très vite qu'il ne jouerait pas dans la Ligue Nationale, il s'amuse avec les frères Poulin, René Larouche et Normand Harvey (Radio-Canada) entre autres. Comme il a un ami au Collège de Lévis (Rénald Guérin), il ne va pas au Petit Séminaire comme les autres Charlevoisiens. Il termine son classique à Lévis et entre à l'Université Laval en droit. Il étudie 4 années pour se rendre à l'examen du Barreau dont une partie en droit du travail.

Il connaît Raymonde par l'entremise de sa soeur qui était à l'école normale à Baie-Saint-Paul avec elle. Il se marie en 1966 à l'hôtel Chez le Français (Louis Serre) pendant qu'il étudie pour passer le barreau. Cela fera bientôt 55 ans.

Après la réussite de l'examen du bureau, il s'associe à La Malbaie avec Me Martial Asselin déjà très connu. En janvier 1969, le domicile de Martial Asselin qui abrite le bureau d'avocats, brûle et deux de ses enfants et son épouse décèdent. C'est un drame horrible qui marque toujours les souvenirs de la collectivité malbéenne. Toutes les archives du bureau d'avocat y passent. M.Asselin ne sera pas en mesure pendant plusieurs mois de reprendre le travail vu l'ampleur de la tragédie. Pierre-Paul tout jeune avocat, doit remonter le bureau à partir de zéro. Plus tard, il s'associe à un autre associé charlevoisien, Camille Brassard avec qui il a fait son cours primaire.

Il commence une très longue série d'implications communautaires qui continuent encore aujourd'hui à l'aube de ses 79 ans. Il est bénévole au service social (ancêtre du CLSC) avec Roger Painchaud et Simon Lapointe. Il est membre fondateur du Club Lions Clermont-La Malbaie-Pointe-au-Pic et en est à sa 53e année de lionisme. En 1967 avec Marcel Guay du Confident, Pierre Pelletier de Chez Pierre, Roland Gagné et d'autres, il rencontre un représentant international des Lions qui les convainc de créer un club. En octobre 1967, Pierre-Paul devient membre. À l'époque il n'y a pas de femmes dans le club, mais les conjointes appelées Lionetttes sont très présentes. Les rencontres ont lieu au Castel de la Mer et il est président en 1969-70. Avec le club, il s'implique dans plusieurs dossiers comme le Grand Fonds et le centre hospitalier de La Malbaie. Sa plus grande fierté dans les Lions a été la mise en place du programme PAIR. Avec Benoît Bouchard, de Saint-Urbain, alors chef de police à La Malbaie ils se rendent sur la rive sud de Montréal pour voir comment fonctionne le système. L'idée est de faire un appel informatisé tous les matins chez les personnes âgées qui vivent seules. Cela permet de sauver des vies. Le service sera étendu à tout Charlevoix grâce aux Lions, mais il sera progressivement abandonné après plusieurs années. Il a obtenu toutes les récompenses et reconnaissances au sein du club Lions qu'il a présidé deux fois. Beaucoup de son action sociale s'est appuyée sur le socle du lionisme dont la devise est ''Servir''.

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Mais voilà que la politique lui fait de l'oeil et qu'il se porte candidat du Parti progressiste-conservateur à l'élection de 1972. Ses adversaires sont Jean-Guy Alain (RIP) et Gilles Caouette. L'élection est extrêmement serrée et c'est Gilles Caouette du Crédit Social qui l'emporte par une poignée de votes.

Au cours des années 70, Raymonde donne naissance à deux filles, Christine et Anne. Cette dernière souffre de fibrose kystique ce qui amènera Pierre-Paul à s'impliquer très fortement au sein des organismes nationaux liés à cette maladie. Le chapitre de la fibrose kystique de Québec était rattaché à la Fondation canadienne et tout se passait en anglais. C'était un peu frustrant pour les membres québécois à l'exception de ceux de Montréal qui était un petit cercle fermé hermétiquement. Pierre-Paul a travaillé très fort pour changer cette situation. Il devient président de l'association provinciale et il regroupe l'ensemble des chapitres sous un même chapeau, même Montréal se joindra au groupe éventuellement. Ses actions permettent d'aller chercher beaucoup d'argent pour la recherche.

Une situation inattendue vient bouleverser sa vie. Alors qu'il était l'avocat fondateur de l'aide juridique dans Charlevoix, il perd l'audition à l'automne 1984 à cause de la maladie de Meunière. Il s'agit d'un syndrome dont on ne connaît pas la cause qui en plus de détruire l'audition cause d'énormes acouphènes qui sont des bruits parasites qui vont jusqu'à empêcher de fonctionner. Il doit arrêter de pratiquer, car l'ouïe est un des principaux outils de travail d'un avocat. Il doit se battre avec la compagnie d'assurances pour obtenir un prime décente pour qu'ils puissent continuer à subvenir aux besoins de sa famille. Heureusement. Raymonde a toujours été enseignante au primaire à Pointe-au-Pic.

Hélène Keller, qui était aveugle et sourde et qui a fortement inspiré les Lions disait : ''La cécité nous sépare des choses, la surdité nous sépare des gens''

Pierre-Paul ne veut pas être séparé des gens et il est prêt à tout faire pour rester impliqué et actif malgré les acouphènes et les vertiges causés par sa maladie. Il récupère un peu d'audition, il lit sur les lèvres et avec le temps la technologie lui permet d'améliorer sa condition. Il se lie d'amitié avec le docteur Ferron, le spécialiste des implants cochléaires qui ont pratiquement guéri les enfants de René Simard. Pour briser l'isolement, il pratique le golf, il est aussi un grand skieur de fond depuis plus de 45 ans. Il pratique aussi le vélo, son trajet préféré est sur le chemin des Hautes Gorges et à Saint-Aimé des Lacs. Tous ces sports lui permettent de rester alerte et actif.

Il a eu une autre implication majeure au sein du mouvement Desjardins où il siège pendant 16 ans au conseil d'administration de différentes identités de la caisse de La Malbaie. Il siège aussi 4 ans à la Fédération des Caisses populaires dans une période de changements importants de la modernisation du mouvement coopératif.

En 2002, il est candidat au conseil d'administration de l'hôpital regroupé avec Michel Couturier, Robert Giroux, Glorian Tremblay et madame Poitras de Baie-Sainte-Catherine dans une équipe véritablement régionale. L'équipe qui leur fait face est composée uniquement d'anciens administrateurs de l'hôpital de Baie-Saint-Paul. 10 000 personnes vont voter, une chose incroyable et inédite pour un conseil d'administration d'hôpital. Tous les membres de l'équipe de Pierre-Paul sont élus.

Pierre-Paul a aussi été conseiller municipal à La Malbaie et il est actuellement président du centre d'archives de Charlevoix.

Tout un parcours que celui de cet homme qui aurait pu se décourager en 1985 lorsqu'il devient sourd. L'implication l'a sauvée. Le contact avec les gens et les réalisations bénévoles depuis 55 ans en font un personnage important de l'histoire régionale malgré sa discrétion. Il ne cherche pas les feux de la rampe, mais il sait tenir ses positions toujours dans la diplomatie.

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Il profite de sa famille et de ses 3 petits-enfants, Maxime, Nicolas et Marie. À un an d'être octogénaire, il est toujours bien entouré dans ses activités, car il sait que l'implication l'a sauvé de l'isolement de la surdité. La technologie a amélioré son audition et il a les instruments qui lui permettent de surmonter son syndrome. Il est toujours un avocat, car il a toujours défendu les démunis. Je lui ai même rappelé qu'il a déjà été mon avocat.

 

 

 

 

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