Secrets d’ici, Chroniques, Souvenirs
Secrets d’ici | La renardière | 2/33
Jeu. 26 septembre 2024 2 minutes
Par Serge Gauthier et Christian Harvey
La renardière (tour à renards)
Elle est encore visible. Mais discrète. Il faut bien observer. La tour à renards est non loin de la route 138, tout près de Saint-Hilarion. Il faut noter toutefois qu’elle se situe sur le territoire de la municipalité de Saint-Urbain.
Elle demeure encore debout, comme si elle était indéracinable ; plein de souvenirs y sont rattachés. C’était au temps où plusieurs cultivateurs et hommes d’affaires de Charlevoix s’intéressaient à l’élevage du renard en vue de vendre la fourrure de ces canidés.
À l’époque, au début du 20e siècle, posséder un manteau en peau de renard était très à la mode. La peau de renard était souvent portée autour du cou, comme un col, par des dames élégantes ; on pouvait même apercevoir la tête du renard.
Cette tour à renards a été la propriété d’Achille Tremblay, qui a commencé à élever ces bêtes en 1912. Il a été le seul éleveur de Charlevoix qui, en raison d’une « sélection suivie », a élevé des renards dont la couleur de la fourrure était platine. Certaines peaux ont pu se vendre de 200 $ à 300 $ à une certaine époque. Cependant, la crise économique de 1930 a fait chuter la valeur des peaux.
Ce n’était pas facile d’élever des renards. D’abord, il fallait les nourrir ; c’était assez coûteux. Puis, il fallait favoriser l’accouplement du mâle avec la femelle, ce qui s’avérait plutôt difficile, car après tout, le renard demeure une bête sauvage. Le danger de se faire mordre était grand. D’où l’utilité de la tour qui, grâce à son élévation, permettait d’observer les renards sans danger. L’accouplement se faisait en janvier, au moment où les femelles étaient en chaleur.
L’opération n’était pas simple. Il fallait mettre les femelles en présence des mâles ; on guettait les couples du haut de la tour pour voir s’ils s’accouplaient. Parfois, cela ne fonctionnait pas, car le mâle n’était pas prêt et il fallait recommencer le lendemain.
En raison de la mode, les peaux se vendaient moins bien après 1930. Achille Tremblay a cependant résisté longtemps et n’a abandonné l’élevage des renards qu’au début des années 1960. On raconte qu’alors, les peaux de renard ne valaient plus que 2 $ ou 3 $ chacune.
Depuis ce temps, la tour à renards n’est plus utilisée. Elle dépérit, année après année. Elle résiste pourtant et on peut encore la voir… Mais pour combien de temps ?