Josette McNicolle  no. 6 maison Clermont

Les bars de notre jeunesse

24 mai 2022 8 minutes 1222 vues

Les bars de notre jeunesse

Au début des années 80 dans Charlevoix, il y avait beaucoup de jeunes de 18 à 30 ans. C’était la fin du baby-boom et de l’atmosphère débridée, et la fin de l’emprise de la religion poussaient à la fête. Le disco faisait l’apologie de la danse dans des environnements hyper lumineux. Pour d’autres, c’était plutôt l’écoute de musique progressive et planante dans des états seconds. Par contre, il y avait aussi de mauvais côtés. Les années 80 étaient celles de la cocaïne et Charlevoix n’échappait pas à la circulation de cette drogue dure qui créait des dommages importants pour les personnes qui s’y adonnaient trop souvent ou trop longtemps. L’abus d’alcool a aussi fait ses victimes et plusieurs jeunes, dont moi, ont cessé de consommer à un âge relativement jeune non sans avoir vécu des déboires liés à leur consommation. Une fois ces choses dites, il y avait de la place pour le plaisir et ces festivités se passaient dans les bars de Charlevoix. Allons-y pour une petite revue des bars qui accueillaient les jeunes et moins jeunes entre 1978 et 1990 avec une courte description de leur personnalité.


L’Aviation, Saint-Aimé-des-Lacs


Sur les rives du grand lac Nairn, ce bar drainait une clientèle qui devait faire du chemin pour y accéder et en repartir, souvent en conduisant. C’était un temps d’insouciance. Le pire était de s’y retrouver à 2h du matin pris pour descendre sur le pouce à La Malbaie.


Chez Roland, Pointe-au-Pic


Le restaurant Chez Roland est devenu fugitivement une discothèque. Vers 22h on tassait les pizzas et les poutines pour se déhancher sur une petite piste de danse. Dans mon cas ayant dansé trop fort, je me suis retrouvé à l’hôpital avec un genou déboîté.


Le Scénario, Baie-Saint-Paul


Bar mythique, le rendez-vous de toute la jeunesse de Charlevoix-Ouest et en partie de l’est. Sous la Grande Maison, le night life baie-saint-paulois y a vécu ses bonnes années. Toutes les personnes qui y allaient avaient leur propre scénario.



Le Belle plage, Baie-Saint-Paul


Un bar à l’existence assez éphémère ou il faisait bon danser en raison d’un mur capitonné sur lequel on pouvait se lancer et rebondir devant sa partenaire dans la plus pure attitude new wave.


Avion bar, Saint-Irénée


Sûrement le bar le plus bizarre qu’à connu Charlevoix. Il était situé à deux pas de l’aéroport de Saint-Irénée. La serveuse était une transfuge des pays de l’est qui s’étant enfuie, selon la légende, cachée sous un camion. Son nom était Éva. J’ai fréquenté ce bar, sans client, à une ou deux occasions sans nécessairement m’envoler.


Le 2è, La Malbaie


Situé au 2è étage du centre commercial Place Charlevoix, ce bar avait une bonne clientèle plus âgée et professionnelle. Plutôt une place de 5 à 7 ou l’alcool faisait parfois durer les soirées plus longtemps que prévu.


Le Déry, Baie-Saint-Paul


Un autre bar assez éphémère situé dans la côte à l’entrée de la ville. Ce fut aussi un restaurant. C'était l'endroit chic de Baie-Saint-Paul. Le bar portait le nom de son propriétaire, Daniel Déry.


La Licorne et le Sportif, Pointe-au-Pic


Genre de caverne située sous l’hôtel Le Castel de la Mer, c’était le rendez-vous de beaucoup de jeunes de Pointe-au-Pic. Les premiers propriétaires furent Louis Mannibal et Bruno Simard. Comme dans de beaucoup de débits de boisson à l’époque, on n’était pas toujours cartés. Devenu le Sportif tenu par les deux Jean-Guy, c’était vraiment le rendez-vous des sportifs, mais ces athlètes en herbe avaient la particularité de bien tenir l’alcool. Lors d’une grève de la SQ, il n’ay avait plus d’heures de fermeture au Sportif et les noctambules en ont profité.


Le Mouton Noir, Baie-Saint-Paul


Dans le roman ‘’Le chat noir, café, bar, restaurant’’ l’auteur raconte l’histoire de cet établissement mythique. C’était le rendez-vous des hippies comme Guy Laliberté et Daniel Gauthier et de beaucoup de belles filles. C’était une petite communauté qui y a réinventé le monde. Si on cherche un endroit où le cours de l’histoire culturelle s’est créé, c’est au Mouton Noir. Des centaines d'anecdotes y ont pris vie mais malheureusement je n'en faisait pas partie.



Le Pancho, Clermont


Situé sous le restaurant Jade actuel, ce bar aussi assez éphémère a oscillé de chansonnier en topless avec danse contact. Le même nom était utilisé pour vendre du poulet frit.


Le Loup Phoque, Saint-Joseph-de-la Rive


Établissement bien tenu par Christian Bernier et son épouse qui programmait des spectacles intimistes de gros noms comme Jim Corcoran, Richard Séguin et Michel Rivard.


Auberge Saint-Irénée


Petit bar qui accueillait de trop grosses foules pour des spectacles approximatifs comme celui de Plume Latraverse trop saoul pour chanter ses chansons, Jim Corcoran oubliant ses mots pour avoir mangé un gâteau un peu trop épicé et Offenback si serré que je me suis retrouvé assis sous l’orgue de Gerry Boulet.


Le Charles II


Le bar chic par excellence, la discothèque du Manoir Richelieu attirait une clientèle très locale. Des jeunes qui aimaient se mettre chics pour aller danser. La bière était chère mais on était tout le temps sur la piste de danse au son Des Tip Tops, un orchestre ultra professionnel de Québec mais avec au moins 2 musiciens originaires de Charlevoix. J'en garde mes plus beaux souvenirs en fermant le bar en dansant New York New York avec mon amie Marlène à 2h45 du matin.


Chez Dollar, le Gitan, Chez Micheline, le Charlevoix


Quatre établissements dans la catégorie-bar de danseuses. Pas grand-chose à en dire sinon que ce fut des endroits très populaires dans les années 70 et que beaucoup y sont allés au moins une fois pour voir ce que ça avait l’air. Certains endroits étaient un peu plus hard notamment lâ ou les danses contact étaient permises. J’en ai visité deux même si je n’étais peut-être pas majeur, honnêtement ce n’était pas quelque chose qui m’attirait vraiment.


La Marée, La Malbaie


Situé au centre d’achat Place Charlevoix, aujourd’hui connu sous le nom de l’Arbre fou, la Marée était un bar fréquenté autant de jour que de soir. La clientèle était variée et parfois inquiétante. Autour de ces bars rodaient toujours un ou deux pushers prêts à vous vendre de la came. Bizarrement la police ne les arrêtait jamais. Depuis le bar a changé de nom et a déménagé et sa clientèle a vieilli et s’est assagi. La sévérité des règlements liée à la conduite en ébriété a changé la donne.


Le Castel de la mer, Pointe-au-Pic


Probablement l’établissement le plus mythique de Charlevoix fondé dans les années 50 comme restaurant et piano-bar. Il semble qu’il y ait même eu une fusillade impliquant la police de Pointe-au-Pic qui devait même plus se rappeler qu'elle avait un revolver. Bar à spectacles qui accueillait des noms connus comme Garolou ou même des rappeurs de New York dans les années 80. Avec une discothèque située au 2è étage de la Banque Nationale à Baie-Saint-Paul, c’était les discothèques possédant la meilleure combinaison son et lumière.



Bar Chez Pierre, La Malbaie


Établissement aussi mythique sinon plus que le Castel ou l’hôtel Morin, chez Pierre était l’endroit de la ‘’cruise’’ pour les commis voyageurs et les dames esseulées avec un mari absent. Le mercredi des dames était la soirée la plus active. Des musiciens aux mélodies surannées favorisaient les rapprochements. Les motels à un jet de pierre abritaient les fins de veillée parfois langoureuses. C’était l’endroit par excellence de l’adultère ce qui créait parfois quelques chicanes. Et le restaurant qui ne fermait jamais attirait les noctambules de tout âge qui venaient y dégriser un peu.



Brasserie l’Amicale et Ambiance


Les deux villes du comté avaient leur brasserie à l’époque où ces établissements étaient à la mode. C’était l’endroit des débuts de veillée parce que ça fermait plus tôt. Les pichets à 5$, la grosse à 1,25$, la petite à 75 cents procuraient le liquide nécessaire pour continuer la veillée. Pour ma part, j’ai commencé à y aller à 14 ans et parfois même nous achetions notre bière au Métro et nous la rentrions en fraude à l’intérieur. Ces établissements étaient bondés vers 21h et la musique était plutôt rock’n’roll.


Le Bar à Jazz


Autrefois l’hôtel Gagné et le Croqueur d’étoiles, impossible de ne pas mentionner le résilient par exemple, toujours là après plus de 40 ans. Il a survécu à un incendie qui l’a complètement détruit. Il a vécu toutes les époques, des années 70 à aujourd’hui. Il en a aussi vu de toutes les couleurs, de fêtards intoxiqués à des spectacles variés et de qualité et des batailles sanglantes. La vie de bar a ses hauts et ses bas, mais elle laisse toujours des souvenirs impérissables chez ceux qui l’ont vécu. Le Bar à Jazz est dans les mémoires de plusieurs générations et il semble vouloir continuer encore un bon bout.




Il y a des bars qui n’ont pas été mentionnés, soit que je ne les connais pas suffisamment où qu’ils soient arrivés plus tardivement dans l’histoire. Ça en fait déjà beaucoup pour s’apercevoir que leur nombre a beaucoup diminué. Avec les lois sévères, l’heure est à la prudence. Les restos-bars ont maintenant la cote. On consomme nourriture et alcool au même endroit et on finit la soirée dans sa maison. Mais il y aura toujours une clientèle pour les bars, pour la danse, pour le karaoké. Les jeunes auront toujours besoin de se retrouver et de s’amuser. Les bars sont là pour ça ou pour le plus âgé qui veut siroter une bière en jasant le samedi après-midi. La pandémie terminée, ils revivent non sans avoir beaucoup soufferts. L’histoire des bars de Charlevoix est pleine d’anecdotes, mais on ne peut pas tout raconter!


Par Claude Harvey


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