Une photo une histoire, Chroniques

Une photo une histoire | Eugène Poitras, 1è partie

La Malbaie, Charlevoix

Dim. 29 septembre 2024 3 minutes

Par Christian Harvey

David Roy
David Roy

Une photo du juge David Roy qui, le 25 juin 1869, condamna un certain Eugène Poitras à être pendu devant le Palais de justice de La Malbaie.

Au printemps 1867, Jean-Baptiste Ouellet quitte Rivière-Ouelle, au Bas-Saint-Laurent, pour se rendre pêcher en Gaspésie. À l’automne, voyant que leur fils ne revient toujours pas à la maison, ses parents commencent à s’inquiéter. Ils apprennent finalement que la dernière fois où leur fils a été vu il se trouvait à l’Anse à Jean, situé près de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie. Il était en compagnie d’un certain Eugène Poitras avec qui il traverse le Saint-Laurent pour se rendre à Moisie, sur la Côte-Nord. L’affaire en reste là.

Vers le 27 juin 1868, Germain et Alexandre Gagnon font la découverte d’un corps sur les îles de Mai, aujourd’hui situées dans la localité de Port-Cartier, entre Baie-Comeau et Sept-Îles, sur la Côte-Nord.

Vingt-deux jours plus tard, le commandant Théophile Têtu se rend aux îles de Mai pour réaliser une enquête sur le corps retrouvé. Eugène Poitras sera alors arrêté une première fois mais bientôt relâché pour vice de procédure. Le corps retrouvé par Têtu est placé dans une boîte et enterré au même endroit.

Le 27 juillet 1868, le docteur Edouard Zéphirin Boudreau, médecin à La Malbaie et coroner du district judiciaire du Saguenay, reçoit instruction pour tenir une nouvelle enquête. En août 1868, Boudreau se rend en compagnie de son collègue, le docteur Joseph Alexandre sur la Côte-Nord. Du 1er au 3 septembre 1868, une enquête du coroner, comprenant 12 jurés, se tient aux Cailles Rouges et se conclut par une nouvelle accusation de meurtre pour Eugène Poitras.

Écroué à la prison de La Malbaie, Poitras attend son procès prévu pour les assises de décembre 1868. Ses avocats tentent sans succès d’obtenir sa libération mais obtiennent finalement le déplacement des audiences à juin 1869.

Justice
Justice

Le Procès

Le procès d’Eugène Poitras va se dérouler au Palais de Justice de La Malbaie, du 14 au 24 juin 1869, devant le juge David Roy. L’accusé est représenté par deux avocats de La Malbaie, François-Xavier Frenette et James T. Neilson.

La Couronne pourra compter sur un seul avocat particulièrement habile, Charles-Henri-Horace Cimon, qui réussit à tisser une accusation extrêmement solide. Une preuve circonstancielle - sans aucun témoin direct du crime - qui convainc malgré tout avec le renfort d’une expertise médico-légale présentée par les médecins Édouard-Zéphirin Boudreau et Joseph Alexandre Hamel.

L’histoire se dessine sous nos yeux. Dans la nuit du 26 au 27 septembre 1867, Eugène Poitras quitte l’Anse à Jean seul avec Jean Baptiste Ouellet. Pour une raison ou l’autre, il tue Ouellet et l’enterre sur les îles de Mai, un endroit désert et sauvage. Le corps retrouvé superficiellement enseveli en juin 1868 sans croix marque l’action volontaire d’un tiers désirant cacher quelque chose. L’identification du corps de Jean Baptiste Ouellet est corroborée par plusieurs preuves notamment par l’analyse de la dentition du corps retrouvé. Finalement, de retour chez lui, Eugène Poitras a en sa possession les vêtements, le fusil et l’argent de Ouellet.

Ce qui marque le plus la presse et les personnes présentes au Palais de Justice de La Malbaie, c’est le témoignage à charge de deux des enfants de Poitras. Son fils Arthur et sa fille Léocadie viennent révéler que leur père a fait tremper pendant deux jours les vêtements de Poitras dans une bassine après son retour de la Côte-Nord.

Le 24 juin 1869, le juge David Roy reconnaît Eugène Poitras coupable. Le lendemain, lors de la détermination de la peine, il le condamne à mourir par pendaison.

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