Tou & Cie Fondussimo février 2024

Gens de Chez Nous, Science

Correspondance | Retour à la maison pour Daniel Fillion

Partout dans le monde, Charlevoix

Mar. 16 janvier 2024 3 minutes

Par André Magny

Après une entrevue à Mon Charlevoix en octobre dernier pour annoncer le départ de son aventure scientifique au Lac Untersee, sur le continent antarctique, le charlevoisien Daniel Fillion est de retour au bercail. Il rapporte dans ses bagages, non seulement une centaine d’échantillons d’eau et des carottes de sédiments, mais aussi toute une série de souvenirs.

Dormir dehors tempetes Daniel Fillion S
Par deux fois au cours de ses deux mois de mission, en raison de tempêtes, Daniel Fillion a dû s’aménager un endroit où dormir derrière un rocher sous le ciel de l’Antarctique
Dormir dehors tempetes Daniel Fillion S

« Je dirais que l’aspect humain est plus important que l’aspect scientifique », confie l’étudiant au doctorat en océanographie à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR). La mission scientifique, composée jusqu’à neuf personnes et divisée à peu près également entre femmes et hommes, fut dirigée par l’Américain Dale Andersen, spécialiste en limnologie – la science des lacs -, au SETI Institute en Californie. Une telle aventure a évidemment eu son lot d’imprévus. « Tout le monde est tombé malade d’une grippe, raconte Daniel Fillion. Certains membres ont reçu des mauvaises nouvelles personnelles, ce qui a testé davantage le moral des troupes. »

Daniel Fillion tente laboratoire S
Daniel Fillion en plein travail; le Charlevoisien avait transformé une tente en véritable laboratoire.
Daniel Fillion tente laboratoire S

Lui-même a dû faire face à deux tempêtes qui ont détruit sa tente. Le scientifique de La Malbaie a été obligé de se réfugier derrière une roche pour continuer son dodo ! « Vous savez, ça faisait partie de l’aventure ! C’est presqu’un luxe de dormir derrière une roche, on est à l’abri du vent », raconte celui dont la résilience est assurément l’un de ses points forts. « Jamais, je me suis senti en danger. On avait de la bouffe, de l’eau. On avait du matériel haut de gamme en matière d’équipement de camping. Et il n’a pas fait si froid. » Bien que la température soit allègrement descendue sous la barre des -15° C, l’étudiant de l’UQAR parle tout de même d’un mercure qui a atteint une fois les 11° C. « C’est anormal. C’est clair qu’il y a un dérèglement climatique sur la planète.

Apprendre sur soi et sur le milieu

Selon Daniel Fillion, un tel séjour en Antarctique, « permet d’en apprendre sur soi et sur les autres », d’autant plus que l’équipe était multiethnique. Outre le Québec et le Canada, on retrouvait notamment les États-Unis, l’Italie, la Norvège et l’Autriche parmi les pays représentés. Tout le monde s’est bien entendu, c’est aussi parce que les scientifiques entre eux savaient également éviter certaines discussions liées à des aspects géopolitiques plus sensibles.

Daniel Fillion sur le lac Untersee S
Daniel Fillion sur le lac Untersee.
Crédit : Klemens Weisleitner
Daniel Fillion sur le lac Untersee S

Si le soir, les scientifiques échangeaient, dans la journée, l’action était centrée sur le lac Untersee. Le spécialiste de la géochimie aquatique se réjouit des recherches effectuées sur le terrain. Une tente transformée en labo a permis des manipulations sur place d’une grande efficacité d’un point de vue chimique. Cependant, Daniel Fillion a rapidement compris que lorsqu’on travaille à partir d’un lac en Antarctique, tout gèle rapidement, que ce soit une corde ou le mécanisme d’un équipement. Le froid certes, mais compte tenu que le soleil s’est également mis de la partie, « il fallait aussi faire attention de ne pas perdre de l’équipement qui pouvait s’enfoncer dans la glace. »

Accompagné par son directeur de doctorat, André Pellerin, selon son étudiant, l’expérience entre les deux s’est soldé par une réussite : « Il a été patient avec moi pour m’apprendre des choses et, de mon côté, je crois que je me suis bien adapté à la situation. »

Et la question qui tue : allez-vous renouer l’expérience ? Pour le leader de la mission, Dale Andersen, il ne fait pas de doute que Daniel Fillion a gagné son prochain billet pour une nouvelle mission sur le continent. Quant au principal intéressé, il doit répondre à deux interrogations. Est-ce qu’il a envie d’y retourner ? La réponse est oui. Est-ce qu’il a besoin d’y retourner ? Pour cette réponse, il faudra attendre les analyses qui seront faites à partir des carottes sédimentaires recueillies et des analyses des différents échantillons d’eau. Mais gageons que Mon Charlevoix reparlera de lui lors d’un prochain séjour, car selon Daniel Fillion, il ne fait pas de doute que la chimie a été trop peu étudiée jusqu’à maintenant. Et puis, ça lui fait aussi un petit velours qu’on parle de lui dans un média charlevoisien !

Chroniqueur André Magny
André Magny

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