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La victoire de David (Huot) contre Goliath

26 mai 20217 minutes

La victoire de David (Huot) contre Goliath
 

Après tous ces problèmes avec la Régie des Alcools et jeu et les multiples visites des policiers, David a enfin l'occasion de faire valoir ses arguments. Le voici donc devant la juge:

Comme si ça ne pouvait pas aller plus mal, mon partenaire de l'époque était Breton et son visa de séjour de 2 ans n'était pas éternel. Il fallait renouveler son dossier d'immigration pour sa demande de résidence permanente. Foutu dossier de merde! Des mois sans nouvelles, mouvement de centralisation des bureaux vers Québec et Montréal, ils perdent le dossier. Il finit par recevoir une lettre lui annonçant qu'il a 6 semaines pour quitter le territoire sinon il sera illégal et interdit de retour sur le territoire. J'ai tout tenté, même rencontré mon député. Ben non, trop compliqué. Il était jeune, il était travaillant, il faisait du sport, il parlait très bien français, il s'impliquait déjà dans la communauté et s'était très bien intégré ici, même peut être mieux que moi à l'époque. Ciao bye, il est parti en cri$%?*$&, jamais revenu, je perdais mon 2e et dernier partenaire, celui avec qui j'avais monté le projet. Un de plus qu'ils échappent, un de moins pour eux, pas trop de différence! Pour moi, c'était vraiment un coup dur. Merci J-M pour tout ce que tu as fait! Je me suis retrouvé seul à tout gérer, les travaux, le bar, la cuisine, les chambres, la comptabilité. J'étais seul au monde, découragé. Vu le chantier, l'irrégularité de la situation et la semi-illégalité administrative de mes activités, il était impossible pour moi d'engager du monde à ce moment-là. À peu près en même temps, je reçois une autre lettre accablante. Vu que j'accumulais les infractions à bon rythme, la RACJ exige de ma présence en audition (leur court à eux). Ils me menacent de me retirer mon permis et de refuser ma demande de permis spectacle si je ne leur livre pas de bonnes explications. Oufffff!!!! Pendant ce temps-là, je devais continuer à avancer les travaux, à servir les clients, avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.

2 mois plus tard, je me rends seul à Québec pour mon audition avec la RACJ. Je connaissais mon dossier par cœur, j'avais tout avec moi, j'étais béton, j'avais confiance que le gros bon sens allait finir par triompher un moment donné. Par contre, j'étais épuisé, frustré par la situation et je savais que le sort de mon entreprise allait se jouer à ce moment. Et encore une fois, rien n'était vraiment dans mon contrôle sauf peut-être contenir mes émotions et offrir la meilleure défense possible. Je me mettais énormément de pression sur les épaules. J'en fume un bon avant de rentrer question de me calmer. Dans salle d'attente, j'aperçois d'autres entrepreneurs comme moi, ça me rassure un peu de savoir que je ne suis pas le seul à vivre tout ça.

L'audition commence, je suis seul, ils sont 4 en tout avec leur mallette et leur costard à représenter la RACJ. La juge demande toujours si on souhaite dire quelque chose avant de commencer. Je lève la main; '' Je suis vraiment content d'être ici pour enfin avoir une tribune et une vraie écoute concernant la mauvaise gestion de mon dossier et les préjudices occasionnés. On va pouvoir prendre le temps, ici, tous ensemble pour enfin trouver une solution.'' L'avocate de la RACJ sort un rire un peu machiavélique; je n'ai jamais entendu ça de ma carrière, il est content d'être là.'' La RACJ commence par énumérer chacune de mes infractions. Ils portent des jugements sur ma gestion, ma personnalité, ma crédibilité. Ils m'accusent de négligence, j'étais un danger pour la société. À la fin, je commençais même à les croire, à douter. Ils peuvent être assez convaincants.

Je me ressaisis et commence ma défense. Point par point, date par date, j'en ai une cinquantaine en tout sur une période de 16 mois. Après 4-5 points, l'avocate de la RACJ s'objecte; ''on ne passera pas l'après-midi ici à écouter les déboires de l'entreprise de monsieur.'' Je me retourne, je lui lance un regard de tueur et lui répond d'un ton autoritaire; vous m'avez gâchez les 2 dernières années de ma vie et mit en péril ma business, ça fait 2 ans j'endure vos conneries, vous ne m'avez jamais écouté. En plus, vous m'amenez en cour, vous portez des jugements, vous m'accusez. Là, tu vas t'assoir, c'est mon tour. Tu peux être certaine je vais prendre tout mon temps pour bien vous expliquer.'' Je reprends point par point. Le juge demande une première pause pour relire un peu le dossier, il dit qu'il est tout mêlé, que c'est dur à suivre. Les avocats se consultent, je réponds au juge avec tout le sérieux du monde; Je vous comprends monsieur le juge, moi ça fait 2 ans que j'essaye de démêler tout ça pis comprendre leur charabia et je n'y arrive pas.

Au retour de la pause, je continue, point par point, je leur montre une lettre de notre maire Michel Couturier qui appuyait l'auberge dans sa demande de permis spectacle. Que j'étais un établissement bien tenu et que j'apportais du positif à la communauté. Je leur ai fait écouter les conversations téléphoniques de mon père et mon frère avec la RACJ sur les repas avec facture qui confirmaient qu'ils se contredisaient même entre eux avec leurs lois débiles. Vous auriez dû voir le regard que la juge a lancé à l'avocate, ça valait le déplacement. J'ai défait les rapports d'infractions un par un en soulevant les mensonges ou erreurs des policiers. J'étais comme dans un film, je me sentais comme Tom Cruise dans le film ''A few good men''.  Les avocats et le juge ont repris 2 autres pauses. Il m'avait cédulé 1 heure pour mon cas, ça faisait 5 heures j'étais là. Ma chemise était tout trempée!

Dans le document reçu par la poste, il était écrit que je partais avec le verdict la journée même. La fin arrive, le juge commence par dire que les lois sont les lois, qu'il faut les respecter... bla ba bla. À ce moment-là, je me suis dit: '' ahhh non!  c'est fini! Elle suit son cahier comme toutes les autres.'' Et là j'entends un gros MAIS. Je me relève la tête et j'entends les mots les plus sensés depuis un bon bout; si doux à mon oreille. '' Mais l'entrepreneur a démontré sa volonté et sa bonne foi de régler la situation, la RACJ a été dans l'incapacité de fournir des informations claires pour bien accompagner l'entrepreneur. Il a l'appui du maire et de sa communauté (j'avais amené d'autres lettres d'appui). De quelle autorité pouvons-nous reposer notre refus si la ville La Malbaie appui l'entrepreneur.'' Elle m'informe qu'elle se garde par contre une réserve par peur de créer un précédent. Elle s'excuse sincèrement des inconvénients et m'annonce qu'elle est incapable de rendre une décision pour le moment. Qu'elle doit consulter des personnes et des documents. Que je recevrai le verdict par la poste, que c'est une mesure exceptionnelle. En sortant, je voie la salle d'attente, les autres entrepreneurs attendent là depuis tout ce temps, ils vont devoir revenir une autre fois. Je me sentais un peu mal pour eux, je voyais le stress qu'ils vivaient, tout comme moi. j'ai tout prit le temps mais ma vie en dépendait.

Environ 2 mois plus tard, je reçois le verdict. Un autre 2 mois à rouler la business sans aucune certitude. Ça va tu finir un jour! Le verdict est; non coupable, libéré de toute les infractions, permis spectacle accordé et finit les menaces de retirer mon permis. Je les ai tous torchés! J'en ai reviré une solide ce soir-là! David contre Goliath (la RACJ). J'étais vraiment fière de ce que j'avais accompli, j'avais aucune expérience en justice, tout le monde me disait de m'y présenter avec un avocat. Mais personne ne connaissait le dossier comme moi. J'ai défendu mon projet avec mes trippes, j'ai livré ma meilleure performance en finale de la coupe, sous pression. J'étais en mission. À partir de ce moment-là, mes relations avec les policiers et la RACJ se sont drôlement normalisés avec le temps et je n'ai jamais revu d'inspecteurs mystères à l'auberge.
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