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Louis Bergeron: semeur de merveilleux

3 mai 20215 minutes

Louis Bergeron: semeur de merveilleux

Dans les années 70, plusieurs jeunes idéalistes de Montréal et d'ailleurs avaient identifié Charlevoix comme l'endroit qui leur permettait de réaliser leur rêve de paix, d'amour et de liberté. Les alentours des Éboulements et Baie-Saint-Paul étaient privilégiés pour réinventer le monde. Il y avait entre autres la commune de Saint-Nicolas qui était établie dans une grange. Pour les Charlevoisiens, ces étranges phénomènes étaient identifiés comme des hippies pas toujours vues de façon positive. Après l'incendie de la grange, plusieurs sont retournés dans les villes un peu désillusionnés de leur expérience. Mais un autre groupe d'artistes a pris la relève, dont plusieurs peintres et artistes visuels. Louis Bergeron était un de ceux-là.

Avec une mère native de Charlevoix, Lucille Cimon fille d'Eugène, propriétaire de l'hôtel Beauséjour à Saint-Joseph de la Rive, Louis passait tous ses étés dans Charlevoix dès son plus jeune âge. Son oncle Gérard Desgagnés possédait deux bateaux, le D'Auteuil 2 et le Fort Liberté. Son fils Simon était le compagnon de Louis dans leurs aventures maritimes. C'était un chalet d'été qui leur permettait d'être présents à Saint-Jos à chaque été. Cela a permis à Louis de se bâtir une personnalité avec un fort ascendant Charlevoisien qu'il garde toujours aujourd'hui.

Il a fait son cours classique au Petit Séminaire de Québec et des études en lettres et arts visuels à l'Université Laval. À 19 ans. Il a ouvert une boîte à chansons à Saint-Jos appelée l'Amarrée, c'était avant le Loup Phoque. Pierre Calvé, Pierre Létourneau, Jacques Labrecque et autres s'y sont produits. Il n'y avait pas d'alcool mais, les spectateurs pouvaient acheter des bonnes tartes de la boulangerie voisine.

Louis Bergeron ne se voyait pas évolué dans le monde un peu guindé des galeries d'art de l'époque. Élevé avec des marins, il aimait les gens ordinaires près du terroir. C'est pourquoi il a décidé dans le rang Saint-Nicolas un peu après le départ des hippies de la commune dont il partageait quand même certains traits philosophiques.

Il a fait des spectacles de théâtre à Montréal à partir de 1973 et en 1980 il a créé les Marionnettes du bout du monde et il a commencé à élaborer un concept où il fait tout, seul. Il travaille avec des marionnettes, ce qui lui permet d'en manipuler 2 à la fois comme un homme- orchestre, puisqu’il contrôle aussi les éclairages et le son à l'aide de boutons cachés derrière les rideaux. Son art est reconnu par le Cirque du Soleil et en 1984, il a fait une grande tournée du Québec comme membre de la troupe de Guy Laliberté.

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À Baie-Saint-Paul, il a travaillé au centre d'art et à la boutique Au fil de l'eau qui était près du Mouton Noir. Il a créé aussi avec l'aquarelle en lien avec ses études en arts visuel. Mais sa passion était les marionnettes, d'ailleurs, au début il les fabriquait toutes lui-même jusqu'à ce qu'il trouve quelqu'un de meilleur que lui, comme il dit en la personne de Zoé Laporte.

photo site web 09- 2020 (003)

Le public du théâtre est majoritairement dans les écoles. Louis Bergeron a parcouru le Québec avec sa caravane et ses 25 valises de matériel. Chaque fois, il avait besoin de deux heures et demi pour installer sa scénographie (décors, éclairage, son, marionnettes) car il y en a plusieurs dans chaque spectacle. Au fil des ans, il a créé plusieurs dizaines de pièces mais, actuellement, il se limite à 7 spectacles différents, ce qui n'est pas rien. L'homme-castelet, la Cabane de sapin et les petits mots sont des exemples de titres de spectacles qui durent une heure chacun, avec une période d'échanges par la suite.

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Depuis 1980 : 31 créations6 589 représentations2 750 animations d'ateliers (dans le cadre du programme Culture-Éducation du Québec), 14 expositions de marionnettes et décors6 tournées européennes: France, Belgique, Ukraine. Ateliers de formation en Haïti.

Site web de Marionnette du monde

Marionnettes du bout du monde

Les musiques d'une vingtaine de ces spectacles ont été composées par un Charlevoisien, Alain Boies saxophoniste et fils du taxi Boies de La Malbaie.  Il vient  souvent dans les écoles de Charlevoix. La seule raison pour laquelle il s'était établi à Québec, était pour être plus près de ses marchés, car il affectionne toujours Charlevoix. D'ailleurs, il achève un roman titré : La vérité sur les marées, qui se passe sur une presqu'île imaginaire entre Saint-Joseph-de-la-Rive et Cap-aux-Oies. Il a déjà publié 2 recueils de poésie. À 73 ans, il a toujours la passion et le goût de son métier. Côtoyer les enfants le garde jeune et revenir dans Charlevoix l'inspire. À l'entendre au téléphone on dirait qu'il a 40 ans car sa voix n'a pas vieillie. Peut-être, est-ce toutes celles qu'il emprunte à chaque spectacle qui font en sorte qu’il garde ses cordes vocales en pleine forme.

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La COVID a été difficile pour lui comme pour la plupart des artistes. Le calendrier qu'il publie sur son site web est presque vide depuis plusieurs mois. Heureusement, le mois de mai semble bien occupé et ce sera au grand plaisir des enfants qui verront les spectacles, car eux aussi ont besoin de merveilleux pour oublier cette triste période. Un semeur de joie est de retour et nous espérons que ce sera pour longtemps.

 

 

 

 

 

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