Par André Magny
Crédit : Andrée Loiselle
Luxe, calme et volupté
Les Baie-Saint-Paulois et autres amoureux de Charlevoix avaient rendez-vous samedi matin avec le calme et la beauté au Festif! grâce notamment à la Gaspésienne Viviane Audet.
Petit matin. Le ciel est un peu gris. La foule commence à déambuler et à s’emparer des lieux du Festif! En face de l’Hôtel Le Germain, une centaine de personnes ont pris place au Jardin de François. En silence. Ou presque. Certains avec leur tapis de yoga. On n’entend que les sons d’Émily Beauchamp et de sa méditation musicale.
Avec des instruments pour le moins inhabituels, sortes de grands bols blanchâtres, d’où émanent des sons apaisants, la zenitude est omniprésente. Émily Beauchamp réussit à créer des paysages sonores, qui invitent à voyager en soi. Et grâce au calme retrouvé, à prendre son bâton de pèlerin pour aller vers la scène du Quai Bell.
Crédit : André Magny
Au bout du quai
En fin d’avant-midi, la Gaspésienne Viviane Audet attend ceux et celles qui ont marché, pris leur vélo ou leur trottinette électrique et qui sont venus à sa rencontre. Et c’est là qu’on découvre les différents personnages qui ont meublé son enfance au sein de son village natal, Maria.
Et, ô surprise, les marcheurs ne sont pas seuls une fois arrivés à destination. On est aussi venu en kayak, en planche à pagaie voire en voilier pour écouter Viviane Audet ! Il n’y a guère que le bruit des moto-marines qui dérangent quelque peu. Mais soudainement, tout devient volupté
Accompagnée pour quelques pièces par la harpiste Évelyne Grégoire-Rousseau, l’artiste gaspésienne interprète au piano des pièces qui ne font guère, en général, plus de trois minutes. On en voudrait d’ailleurs plus parfois ! Au fil des morceaux, les notes survolent, non seulement les eaux calmes du Saint-Laurent, mais viennent se poser sur nos cœurs : une nostalgie lumineuse s’échappe du clavier de l’artiste. C’est tout simplement beau. Les paroles de Viviane Audet et sa musique nous rentrent dedans comme « un couteau dans patate » pour citer Richard Desjardins. La phrase fait sourire l’artiste lorsque rencontrée après le spectacle.
Crédit : André Magny
Conçu dans l’urgence du moment au printemps dernier – un spectacle s’en venait ! -, Viviane Audet, en présentant des personnages absolument locaux de Maria, touche à l’international avec sa prof de piano, Mme Saint-Cyr, ou encore la touchante Marie Howard, sa « bougie d’allumage » et Dolorès, qui revient en corbeau. « Plus je suis dans des petits villages, plus ça résonne pour les gens… mais même à Montréal… » finit-elle par avouer.
En présentant certains épisodes de sa vie, comme le déracinement de son village au moment où ses parents se séparent, l’artiste de 35 ans évoque également la tragédie de Polytechnique. On aurait entendu un maringouin volé, tellement c’était touchant. Même les moto-marines s’étaient tues.
Et pour reprendre les mots de sa Dolo : « Viviane, si un jour, tu reviens, les oiseaux te feront un passage… » Avec son groupe Mentana, Viviane Audet doit d’ailleurs revenir en septembre prochain pour une tournée sur la Côte-Nord. Ce serait trop triste de la rater.
Et le luxe dans tout ça ? Le plaisir d’avoir été là. Tout simplement.