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Gens de chez nous | Gaétan Long, gardien de la mémoire charlevoisienne
Mar. 25 août 2026 4 minutes
Par André Magny
Crédit : gracieuseté
Gaétan Long, gardien de la mémoire charlevoisienne
Depuis quelques années, Gaétan Long recueille patiemment la parole des gens de Charlevoix. Des centaines d’entrevues, des milliers de fichiers d’archives et des heures passées à numériser de vieilles bandes : un travail largement bénévole, mené dans l’ombre, qui a attiré l’attention du jeune cinéaste Émile Dontigny.
Tout a commencé par de vieilles cassettes. Ancien bénévole de la Télévision communautaire Vents et Marées, Gaétan Long savait que des décennies d’images de la région risquaient un jour de disparaître. Lorsqu’il entend parler de l’urgence de numériser les anciens supports, il décide de s’y mettre. C’est ainsi qu’allait débuter : Mémoires vivantes, une série d’émissions.
« Les cassettes ne valent rien. Le contenu est inestimable », résume-t-il. Pour récupérer cette mémoire, il s’équipe progressivement de lecteurs capables de décoder différents formats devenus obsolètes : Beta max, Beta industriel, VHS et autres supports. Une partie des archives de la télévision communautaire avait d’ailleurs été récupérée en catastrophe avant la démolition de ses locaux.
Puis, en explorant les collections du Centre d’archives régional de Charlevoix, Long découvre des entrevues réalisées autrefois avec des bâtisseurs de la région. Il constate surtout que peu de gens poursuivent ce travail. Il décide donc de prendre lui-même la caméra et le micro. Sa première entrevue est réalisée avec Robert Girard, le 28 juillet 2022. Depuis, cette entrevue avec ce spécialiste du monde forestier, il estime avoir rencontré environ 400 personnes.
Crédit : gracieuseté
La mémoire des gens ordinaires
Gaétan Long ne cherche pas uniquement les personnalités connues. Au contraire, une grande partie de l’intérêt de Mémoires vivantes de Charlevoix repose sur ces hommes et ces femmes dont l’histoire aurait autrement eu peu de chances d’être enregistrée.
« Chaque histoire est importante. Qui sommes-nous pour juger quelle histoire devrait être plus importante qu’une autre ? On ne peut pas vraiment juger si c’est important ou pas », dit-il.
Une démarche qui rappelle forcément celle de Pierre Perreault, qui avait lui aussi fait de la parole populaire charlevoisienne une matière précieuse. Long accepte la comparaison avec modestie. On lui a d’ailleurs déjà dit qu’il marchait « sur les traces de Pierre Perreault » et que la valeur de son travail serait probablement davantage reconnue dans l’avenir.
Pour retrouver ses entrevues, le public peut notamment chercher sur Facebook ou effectuer une recherche sur Internet avec le nom d’une personne accompagné des mots « Mémoires vivantes ».
Crédit : capture d'écran
Un travail encore peu soutenu
La reconnaissance, justement, demeure relative. Long a fondé un organisme à but non lucratif et obtenu certaines contributions, mais il assume encore personnellement une bonne partie des dépenses.
Dessinateur industriel à Lévis, il explique devoir continuer à travailler notamment pour financer sa passion. « Je n’ai pas de famille sur les bras, mais j’ai une région sur les bras », lance-t-il. Une région qui est un véritable terreau. L’entrevue dont il est le plus fier ? Sans doute celle avec Jean Desgagnés, l’un des fils du célèbre charlevoisien et capitaine de goélette J.A.Z. Desgagnés. L’écrivain et professeur en histoire de l’art et en archéologie à l’Université Laval lui avait accordé une longue et passionnante entrevue en 2024.
Pour tous ces souvenirs et ces récits, Gaétan Long souhaiterait davantage de soutien institutionnel, notamment des deux MRC de Charlevoix. À ses yeux, préserver ces témoignages n’est pas un simple passe-temps : c’est un véritable travail d’archives destiné aux générations futures.
Quelqu’un, toutefois, a déjà mesuré la singularité du personnage.
Quand l’archiviste devient le sujet
Le cinéaste Émile Dontigny à qui l’on doit notamment le court métrage Salut Chasseur cherchait initialement des personnages pour un autre documentaire lorsqu’il découvre Mémoires vivantes de Charlevoix. Il remarque rapidement que derrière les nombreuses publications se trouve essentiellement un homme qui se mobilise sans relâche.
« J’ai vraiment eu un coup de cœur pour le personnage et pour sa mission qui est de mettre en valeur les mémoires de Charlevoix et les gens de Charlevoix », raconte-t-il. Lui aussi établit un parallèle, « toute proportion gardée », avec le travail de Pierre Perreault.
Dontigny abandonne donc son idée initiale pour braquer la caméra sur celui qui, habituellement, la tourne vers les autres. Le tournage, réalisé sporadiquement pendant environ un an et demi, vient de se terminer. Le court métrage, d’une durée prévue d’une vingtaine de minutes, doit maintenant passer par l’étape du montage. Une sortie est envisagée au printemps ou à l’été 2027, bien que l’échéancier reste à confirmer.
Le film montrera aussi plusieurs personnes qui gravitent autour de Long. Dontigny souhaite d’abord le présenter dans Charlevoix, puis tenter le circuit des festivals.
Une reconnaissance qui paraît particulièrement appropriée pour un homme habitué à placer les autres devant la caméra.