Personnalités du jour, Gens de Chez Nous

Personnalité du jour | Ghislain Maltais

Charlevoix, Saint-Fidèle

Mar. 23 septembre 2025 4 minutes

Par André Magny

Ghislain Maltais
Depuis 35 ans, Ghislain Maltais est aux petits soins avec ses bleuets et ses framboises à St-Fidèle.
Crédit : André Magny
Ghislain Maltais

Cultiver la terre, cultiver le temps

Ancien policier à la Sûreté du Québec, Ghislain Maltais a troqué l’uniforme pour celui de protecteur de champs de framboises et de bleuets depuis maintenant 35 ans ! Aux côtés de sa conjointe, Gaétane Tremblay, il a choisi de consacrer sa retraite à la culture biologique des petits fruits à Saint-Fidèle.

« J’ai toujours aimé la terre », dit d’entrée de jeu celui qui vient de Chicoutimi. Chez mes parents, on avait un jardin, une ferme. Alors quand j’ai pris ma retraite, j’ai agrandi… peut-être un peu trop », raconte-t-il en souriant, tout en regardant les champs qui font partie de l’héritage de la maison familiale de sa femme Gaétane, native, elle, de St-Fidèle.

Il y a moins de contraintes à cultiver des petits fruits qu’à faire partie d’un corps policier selon M. Maltais. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en pas et qu’il ne soit pas aux petits soins avec ses quelque 200 plants de bleuets qui poussent en espalier dans le rang Ste-Mathilde est.

Ghislain Maltais devant ses plants de framboises
Un aperçu des plants de framboises et de bleuets préservés de manière biologique par Ghislain Maltais.
Crédit : André Magny
Ghislain Maltais devant ses plants de framboises

La conviction du biologique

Au fil des décennies, l’expérience a affiné ses pratiques et renforcé sa conviction de cultiver de façon respectueuse la nature. « Moi, je suis un vrai bio », affirme M. Maltais. Une philosophie qui ne l’a pas épargné de certains défis ou de certains prédateurs de ses framboisiers, notamment de l’anneleur de la framboise, un insecte redoutable. « Il a fallu que je coupe à 30 à 40 centimètres les plants de framboisiers. C’est comme ça. Tu coupes, tu laisses repousser. Certaines années, il y en a moins, d’autres plus. Les gens comprennent. Il faut vivre avec ça. »

Cette approche biologique, parfois exigeante, repose sur l’observation et la patience. Le bleuet également, prisé pour ses vertus, demande du doigté. « Le bleuet, quand il est bleu, il ne faut pas le ramasser tout de suite. Il faut attendre de 3 à 7 jours pour qu’il développe ses antioxydants. Mais ça, le monde ne sait pas ça. Les gens sont pressés. »

Au journaliste de Mon Charlevoix, il désigne un petit lopin de terre - son laboratoire ! -, là où il teste différentes variétés de bleuets comme le Patriote.

Le plaisir de recevoir

Depuis l’été dernier, Ghislain et Gaétane se sont lancés dans l’aventure de l’auto-cueillette. Une expérience qui leur a apporté plus de joie que de travail. « C’est sûr que quand les gens cueillent eux-mêmes, ça fait mieux mon affaire que de tout ramasser seul. Et en plus, on aime ça accueillir du monde », souligne-t-il.

Mme Tremblay renchérit : « On a des clients qui reviennent depuis 20-30 ans chercher leurs petits fruits. Certains viennent de Montréal, d’autres de la région. » Ç’est presque un pèlerinage annuel pour certains d’entre eux ! Pour le couple, chaque visite est l’occasion d’échanger et de partager leur passion. « Les gens nous connaissent. Ils savent qu’on est vraiment bio, que c’est authentique », poursuit son mari.

Cette première saison d’auto-cueillette de bleuets s’est révélée encourageante. « On avait mis la pancarte un peu tard. Mais quand même, une douzaine de personnes sont venues. L’an prochain, je vais mettre plus d’annonces. On est contents, c’est un bon début », dit l’affable M. Maltais. Si l’essentiel de l’autocueillette reste la récolte des framboises et des bleuets, les plus chanceux pourront peut-être mettre la main sur quelques cassis !

Cueillette de bleuets a Petits fruits de St Fidele
Petite et grande s’amusent à cueillir des bleuets typiquement charlevoisiens !
Crédit : Rose-Marie Boulet
Cueillette de bleuets a Petits fruits de St Fidele

Cultiver son temps

Si le métier de policier était marqué par les contraintes et la rigueur, le quotidien de cultivateur a ouvert un autre horizon à ce véritable terrien. « C’est sûr que ça change. Il n’y a pas de convention collective ici ! Tu fais ton travail, t’es tout seul. Mais ça me fait du bien. Ça m’aide à cultiver mon temps en cultivant la terre. »

Son engagement envers la terre et son plaisir de recevoir la communauté révèlent une vision simple mais profonde : travailler avec la nature plutôt que contre elle, et transformer la culture des petits fruits en un art de vivre. « Je ne fais pas d’argent avec ça. Mais j’ai le goût de continuer. Si c’était à refaire, oui, je le referais. Parce que la terre, ça me garde vivant. »

En quittant le couple Maltais-Tremblay, la phrase de Louis Hémon, le célèbre auteur de Maria Chapdelaine,

revient dans la mémoire du journaliste : « Ces gens sont d’une race qui ne sait pas mourir. »

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