Chroniques, Le temps d'une paix
Le temps d’une paix | Sa place dans l’histoire des téléromans québécois | 48/52
Dim. 19 juillet 2026 3 minutes
Par Christian Harvey
Le téléroman Le Temps d’une paix a été diffusé à Radio-Canada de 1980 à 1986 (135 épisodes). Cette semaine regardons sa place dans l’histoire des téléromans québécois.
Sa place dans l’histoire des téléromans québécois
Dès l’origine de la télévision québécoise en 1952, les téléromans deviennent rapidement des émissions jouissant d’un grand succès populaire. C’est le cas en particulier du téléroman La famille Plouffe (1953-1959) qui présente les diverses péripéties d’une famille des quartiers populaires de la ville de Québec; on raconte que le soir de diffusion de cette série les rues sont désertes car tout le monde ou presque écoute La famille Plouffe. Les téléromans sont ainsi souvent issus - comme le nom l’indique - de romans d’écrivains québécois; pour la famille Plouffe, c’est une œuvre romanesque de l’auteur québécois Roger Lemelin. Les téléromans poursuivent ainsi une tradition provenant de la radio où l’on présentait avant même l’existence de la télévision des « radioromans ».
Par ailleurs, le lien entre les régions du Québec et les téléromans se tisse dès les origines de ce genre télévisuel. Bien sûr, la majorité des téléromans québécois sont identifiables à des milieux urbains, mais l’action de certains d’entre eux se situe dans des espaces régionaux québécois. C’est le cas de La famille Plouffe qui se déroule à Québec et fait référence aussi à la Beauce avec le personnage du père Gédéon. Or, il serait quelque peu exagéré de dire que ce téléroman est une œuvre régionaliste.
La chose s’avère plus évidente cependant dans le cas de deux célèbres téléromans québécois diffusés à Radio-Canada : Le Survenant, d’après l’œuvre de l’écrivaine Germaine Guèvremont, et Les Belles histoires des pays d’en haut, de Claude-Henri Grignon. Ici l’identification est claire : le Chenal-du-Moine (secteur des îles de Sorel) pour Le Survenant; le Nord de Montréal (les Laurentides) pour les Belles histoires. La formule connaît un grand succès et le téléroman Les Belles histoires est ainsi diffusé durant quatorze saisons, soit de 1956 à 1970, sur les ondes de Radio-Canada. Toutefois, même si plusieurs scènes des Belles histoires sont tournées en extérieur, elles ne mettent pas particulièrement en valeur les Laurentides (nord de Montréal) et sont même filmées ailleurs soit dans le secteur de Joliette (Lanaudière). La mise en valeur des retombées du téléroman en milieu des Laurentides est donc présente, mais finalement assez faible en termes de mise en valeur des paysages ou même du tourisme.
Avec la fin des années 1960 et 1970, le téléroman québécois semble délaisser le milieu régional. L’élan de modernisme des années de la Révolution tranquille paraît devoir éteindre ce genre jugé un peu sommairement comme étant passéiste. De fait, l’association entre régionalisme et histoire est à ce moment moins pertinente et le téléroman situé en région paraît s’éteindre avec Les Belles histoires en 1970.
Étonnamment ce sont les suites du référendum de 1980 qui ramèneront le téléroman situé en région. Dans cette période où la culture québécoise paraît en difficulté dans plusieurs secteurs, notamment en chanson et en cinéma, la quête identitaire reprend de plus belle dans le téléroman québécois. Ainsi, la venue du téléroman Le Temps d’une paix en 1980 marque ce retour, de manière discrète d’abord, puis de façon spectaculaire par la suite en s’imposant comme le téléroman le plus populaire de la décennie 1980.