Gens de chez nous | Moulin des Éboulements : Nicolas Burlet, meunier
Mar. 21 juillet 2026 3 minutes
Par André Magny
Crédit : André Magny
Au Moulin des Éboulements, Nicolas Burlet fait tourner un savoir ancestral
En fonction depuis 1790, le Moulin des Éboulements n’a pas fini de tourner. Avec l’arrivée d’un nouveau meunier, Nicolas Burlet, pas question de se retrouver dans le pétrin sans farine !
Le Grenoblois d’origine ne fait pas que produire de la farine. Il veille sur un métier ancestral, sur un lieu patrimonial et sur une façon de travailler qui résiste au temps. Depuis son arrivée au pays du Québec, il y a un an, le meunier contribue à redonner un élan au moulin, tout en respectant son âme.
Ici, « notre énergie, c’est l’eau et le moteur unique, principal, c’est la roue », explique Nicolas. Grâce à sa réserve d’eau et à sa roue protégée à l’intérieur du bâtiment, le moulin peut produire toute l’année comme l’explique avec passion cet ancien de l’École Nationale Supérieure de Meunerie et des Industries Céréalières (ENSMIC) à Paris. Il y a étudié pendant quatre ans avant de s’installer dans Charlevoix. Il y découvre le Moulin des Éboulements et comprend immédiatement son potentiel. « Quand je suis arrivé ici, j’ai vu ce moulin-là. Ce site, c’est un joyau. »
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Transmettre le savoir
Formé à la meunerie moderne, il apprend maintenant les techniques ancestrales grâce à Jean-Guy Tremblay, l’ancien meunier en titre, dont le patronyme est le même que le seigneur d’antan, Jean-François Tremblay, un charpentier de son état. C’est à lui qu’on doit la construction du moulin comme le rappelle le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, sous la plume de l’historien Christian Harvey de la Société d’histoire de Charlevoix, collaborateur également à Mon Charlevoix. Quant à M. Tremblay, il demeure encore présent sur les lieux afin d’assurer la transmission d’un savoir-faire unique.
Depuis son arrivée aux Éboulements, Nicolas Burlet a également développé la clientèle. Quatorze nouveaux clients, dont plusieurs boulangeries et entreprises alimentaires de Charlevoix, ont choisi de travailler avec le moulin. Selon lui, cette croissance doit servir avant tout la communauté. C’est ainsi que des boulangeries et commerces comme Pain d’exclamation à La Malbaie ou encore Les Bonyeuses et Al Dente à Baie-St-Paul, la boulangerie À l’Emportée de Tadoussac « ont, selon le meunier, cette sensibilité de commerce circulaire.
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L’artisanat, c’est vraiment l’art de mettre ses connaissances et son travail au profit de la communauté tout en respectant le produit. »
Le moulin vise une production d’environ 50 tonnes de farine artisanale par année. L’objectif n’est pas de produire davantage, mais de préserver la qualité, l’identité charlevoisienne du produit et les méthodes traditionnelles. Un partenariat avec le Manoir des Éboulements permettra également de développer les visites et la mise en valeur du patrimoine. Lors du passage de Mon Charlevoix deux guides s’affairaient à faire découvrir le moulin, situé dans l’un des quatre derniers sites seigneuriaux du Québec, selon Tourisme Charlevoix.
Pour le meunier, l’avenir passe par la préservation du lieu plutôt que par sa modernisation. Non seulement, connait-il tous les secrets de la farine intégral, du sarrazin ou de l’épeautre, mais il doit aussi acquérir certaines notions de la charpenterie, car l’ossature du moulin est en bois. « Nous, on ne veut pas moderniser le moulin parce que ça le dénaturerait. »
Dans ce moulin où l’eau, le grain et le savoir-faire travaillent toujours ensemble, chaque sac de farine perpétue une histoire vieille de plus de deux siècles. D’Antoine Bergevin, premier meunier en poste avant 1810 au Moulin banal des Éboulements, à Nicolas Burlet, ces meuniers-là, pour paraphraser la célèbre phrase de Louis Hémon dans Maria Chapdelaine, « sont une race qui ne sait pas mourir. »