Josette McNicoll septembre

La pêche à la fascine, une tradition autochtone très ancienne

25 mars 2022 3 minutes 1956 vues

La pêche à la fascine, une tradition autochtone très ancienne

Photo: Installation du parc (por) de la pêcherie des Gauthier, Saint-Irénée - avril 2017 / Louise Saint-Pierre, © Ministère de la Culture et des Communications


Au Québec, la pêche fixe ou à la fascine remonte à un passé bien lointain. Les Premières Nations pratiquaient cette technique de subsistance très ingénieuse qui consiste de branchages tressés entre des poteaux appelés fascines. Le principe est simple, mais efficace: le poisson est dirigé à l’intérieur de la structure par les marées et y reste emprisonné. Il existe autant de variations de ces constructions qu’il existe d’espèces à y pêcher; chaque pêcheur confectionnait ses enceintes selon les savoirs acquis par l’oralité et l’observation de l’environnement. Il n’y avait pas deux pêches à fascines pareilles. Plusieurs espèces de poissons peuvent y être capturées, notamment le capelan, le hareng, l’anguille et l’esturgeon.


Vue de Château-Richer, du cap Tourmente et de la pointe orientale de l'île d'Orléans, près de Québec / Thomas Davies - 1787 Musée des beaux-arts du Canada - Domaine public

En 1871, le Québec comptait 1 369 pêcheries fixes, plus de 870 étaient situées en zone de marée du fleuve Saint-Laurent jusqu'aux environs de Trois-Rivières et sur le Saguenay. Cette technique était très populaire, surtout à L’Isle-aux-Coudres qui était isolée et qui comptait sur ce moyen pour nourrir sa population. D’ailleurs, jusqu’en 1980, presque chaque famille de l’île entretenait sa fascine. Aujourd’hui, il existe très peu de gens qui pratiquent cette activité ancestrale. En fait, les deux dernières pêches à la fascine du Québec se trouve dans Charlevoix, l’entreprise de Julie Gauthier à Saint-Irénée « Les Pêcheries Charlevoix » ainsi que les installations de Monsieur Robert Mailloux à L’Isle-aux-Coudres qui perpétue la coutume de la pêche artisanale.


Por d'une pêche en fascine à l'île aux Patins à Kamouraska - 1944 (© Bibliothèque et Archives nationales du Québec)

Ces derniers pêcheurs à la fascine entretiennent cet héritage qui a été transmis de génération en génération et souhaitent le voir perdurer encore, en hommage aux ancêtres du Fleuve St-Laurent. Sans eux, ces techniques et connaissances ancestrales disparaîtront. Par ailleurs, l’avenir de cette tradition rencontre d’autres enjeux comme les deux seuls détenteurs au Canada à posséder un permis de pêche à la fascine commerciale,  se voient contraints de commencer sa saison au mois de juin alors que sa production pourrait débuter en avril.


Les installations de pêches à la fascine de Robert Mailloux à L'Isle-aux-Coudres Louise Saint-Pierre, © Ministère de la Culture et des Communications

Effectivement, MPO (Pêches et Océans Canada) tarde à donner l’autorisation à capturer le capelan dès le mois d’avril alors qu’il sera possible de pêcher d’autres espèces, tel le corégone et l’éperlan avant. L’année dernière, Mme Gauthier a formulé une demande officielle à l’organisation MPO qui a répondu que le tout serait révisé en 2022, ce qui n’est toujours pas le cas. Comme le capelan n’est pas une espèce en péril et qu’il constitue le produit principal vendu par Pêcheries Charlevoix, une telle situation menacerait le chiffre d’affaires de l’entreprise familiale. Cependant, une initiative organisée par les habitants de Charlevoix a été créée pour mettre de la pression sur le processus de décision au grand enchantement de la seule pêcherie à la fascine commerciale du Canada.


Moi, je roule en avril est le résultat de la mobilisation des citoyens qui, eux aussi, se sentent touchés par l’incertitude du maintient de ce patrimoine charlevoisien. De petits écussons en forme de poissons ont été mis en vente au coût de 2$ depuis le début de la campagne par le Comité de citoyens de Charlevoix « Sauvons la pêche à la fascine ». On invite la population à porter l’enseigne, spécialement le 1er avril, à l’arrivée du capelan. Pour savoir où se procurer ces petits capelans symboliques et supporter l’avenir de la pêche à la fascine dans Charlevoix, visitez la page Facebook de la campagne Moi je roule en avril.





Par Léa Asselin-Abston

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