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Au coeur de Charlevoix avec Pierre Perreault

8 oct. 2021 3 minutes 444 vues

Au coeur de Charlevoix avec Pierre Perreault

'Pour la suite du monde'', un film de Pierre Perreault et Michel Brault. Lorsque j'ai vu ce film pour la première fois, il y a longtemps, j'ai été profondément touché. Ma fibre charlevoisienne ne vibre jamais autant que lorsque je visionne un de ces chefs-d'œuvre en particulier ceux de Pierre Perreault. Devant ces images et paroles magiques, les divisions est-ouest s'estompent totalement, car je suis un Harvey comme Abel et Louis, mon épouse est une Tremblay comme le coloré Alexis qui voudra détruire un horloge à la hache dans un de ces films. Mes ancêtres Gabriel et Sébastien se sont établis d'abord à L'Isle-aux-Coudres et les vedettes de ce film, je les considère comme mes parents, car leur authenticité me procure un immense sentiment de fierté charlevoisienne. ''Pour la suite du monde'' est sorti en 1963 il y a 58 ans. Pourtant on le regarde aujourd'hui, de même que les autres films de la série et c'est toujours aussi bon. J'écoute rarement le même film deux fois à l'excepté des films de Perreault. Dans ce qu'on appelle le cinéma direct, il y a très peu de scénarisation et les vedettes ne sont pas des acteurs, mais quand la caméra s'allume on se retrouve face à des géants, des personnes d'une grande intelligence qui savent jouer avec la caméra. Il faut dire que la prise de vue et les cadrages, souvent en gros plan, relèvent du génie et la qualité des équipements de l'Office national du film fait de ces oeuvres des objets de patrimoine de grande valeur. Comme j'ai travaillé 6 ans à la télé communautaire et que j'ai fait beaucoup de caméras, je sais qu'il est très difficile de faire de gros plans qui accentuent l'humanité des personnages et les rendent beaux. Les films sont empreints de respect et admiration envers ces citoyens ordinaires de Charlevoix qui prennent une tout autre dimension.



Un autre film de Perreault et René Bonnière que j'adore est ''En revenant de Saint-Hilarion'', datant de 1960. Tournés dans une maison du village dans une veillée typique de nos villages, les enfants assis dans l'escalier attendant d'aller se coucher et les nombreux adultes dans la cuisine ou la soirée se déroulent en chansons et les chantres du village poussent la rengaine tour à tour. Ce qui est drôle, c'est que toutes ces chansons ont plus ou moins un côté sexuel caché, un petit panier peut bien être un endroit secret dessous les jupes et d'autres images suggestives. La caméra de Perreault a encore quelque chose de magique dans sa façon de montrer les gens avec une charge d'humanité qu'on ne peut expliquer sans la ressentir.



Les cinéastes de l'ONF ont su saisir l'essence d'un peuple, les descendants directs des premiers arrivants de France qui avait encore beaucoup de la parlure et des chansons de la mère patrie. Tout ça a beaucoup diminué aujourd'hui quoique les Charlevoisiens demeurent toujours très authentiques, probablement avec plus de force à L'Isle-aux-Coudres. Nos musiciens traditionnels qui ont été les gardiens du fort de la tradition sont tranquillement en train de quitter ce monde, notre parler s'internationalise, mais reste tout de même très présent même chez les plus jeunes. Si Perreault et ses confrères avaient choisi Charlevoix à l'époque c'est peut-être qu'on est quelque chose comme un grand peuple, pour paraphraser René Lévesque.
















 

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