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Eudore Fortin et Johanne Leduc: grandeur nature.

21 sept. 20214 minutes

Eudore Fortin et Johanne Leduc: grandeur nature.

Charlevoix a d'abord été un pays de forêts où les premiers habitants ont adopté un mode de vie que les autochtones présents depuis longtemps, pratiquaient. La chasse, le trappage, les fourrures et le le bois étaient les ressources naturelles qui ont permis à nos ancêtres de se sédentariser sur des terres qu'ils croyaient leur appartenir. Des personnes ont laissé leur marque dans ce contexte qui ne serait plus possible aujourd’hui'hi. Un de ceux-là fut Thomas Fortin de Saint-Urbain, on le qualifiait de dernier des coureurs des bois. Il a passé sa vie en forêt, beaucoup dans le p'tit parc et comme la pomme ne tombe jamais loin de l'arbre, son fils Eudore a pris racine dans le bois. Rien de mieux pour lui qu'une randonnée en forêt pour aiguiser l'intelligence et trouver des solutions à des problèmes. C'est sûrement au cours de ces moments de solitude dans la nature sauvage de Charlevoix qu'il eut la vision d'un sentier qui traverserait les plus vieilles montagnes du monde d'est en ouest dans un périple de plusieurs jours. Pendant ce temps, dans l'arrière-pays amélachois, un jeune idéaliste originaire de Québec travaillait dans un grenier du rang Saint-Baptiste, un projet de parc pour le territoire des Hautes Gorges. Un lien sera créé entre ces deux créateurs visionnaires à partir de l'Europe. C'est en effet lors d'un voyage pour le compte de l'ATR de Charlevoix que Charles Robege a rencontré une jeune professionnelle du tourisme, fille de médecin, ayant domicile dans les Laurentides où elle a opéré un restaurant avec son ex-mari et ses deux enfants, Lysandre et Julien. De son côté, Charles en a 3, nés à la maison ronde dans le rang des colons à Saint-Aimé, il d'agit de Ganaelle, Pascal (Poil) et Ariane. La mère, Lucie Bérubé, est aussi bien connue dans les organismes charlevoisiens. Donc l'étincelle allume le feu entre les désormais tourtereaux partageant les mêmes idéaux d'écologie, de nature et de découvertes de pays et de culture atypique. Charles et Johanne se sont établis à Cap-à-l'Aigle avec les 5 enfants et parfois plus avec les amis. Mais Charles est arrivé dans la région dans une maison ronde qu'ils avaient batîe en communauté hippie dans le rang des colons. Avec les années, le domaine est devenu la maison principale même sans être reliée au réseau électrique, ce qui perpétue l'idée de connexion avec la nature.



Charles connaissait Eudore qui était un ami et ce dernier avait besoin de quelqu'un pour structurer la traversée de Charlevoix qui commençait à avoir une popularité continentale, été comme hiver. La personne toute désignée, en professionnelle du domaine, était sans contredit Johanne Leduc. C'est une personne qui ne ménage pas ses efforts et qui ne compte pas ses heures, étant mue par des idéaux et par un grand sens du service à la clientèle. Faire en sorte que les randonneurs vivent une expérience mémorable en sécurité dans la majesté de nos paysages est une mission au coeur de Johanne Leduc. Tous les matins, elle partait de Cap-à-l'Aigle pour se rendre à l'entrée des Grands Jardins et souvent en revenir tard le soir après une journée à trouver des solutions à des problèmes souvent inédits. Les fins de semaine, c'est quoi ça? À la traversée, c'est 7 jours sur 7, 365 jours par année incluant Noël et le Jour de l'an. Eudore doit ravitailler les marcheurs-es qui confient le transport de leur bagage de refuge en refuge à l'organisation. La traversée, c'est un sport extrême, les risques de blessures sont toujours présents et les animaux sauvages, dont les ours, obligent à se munir d'un sifflet. Tout ça est coordonné au camp de base par Johanne et sa très petite équipe. Des centaines de personnes ont pu bénéficier de son accueil et de ses attentions au fil des ans. Eudore, le fondateur, n'était jamais très loin, mais il prenait de l'âge. Au tournant du nouveau siècle, il avait autour de 70 ans, toujours en forme et amoureux de la forêt, mais il devait songer à la relève. Aujourd'hui il a 92 ans et toujours le pied alerte, mais il ne peut plus courir les bois comme le faisait son père. Il a pris une retraite intéressée et La Traversée s'est structurée davantage par une fusion avec Sentiers Charlevoix. Johanne a pu laisser la place à de nouvelles personnes même s'il lui arrive encore d'aller en renfort.



Le nouvel organisme de gestion de La traversée est présidé par Charles Roberge et comme geste de reconnaissance il a décidé de créer le prix Eudore Fortin pour reconnaître le bénévolat pour le développement des sentiers de randonnées dans Charlevoix qui sont devenus extrêmement populaires. C'est dans le cadre de l'Ultra trail Harricana pour son 10e anniversaire que fut remis le prix pour la première fois. La première récipiendaire ne pouvait être une autre personne que Johanne Leduc. Si au cours des 20 dernières années, l'arrière-pays a connu un essor important, c'est en grande partie dû au duo Eudore-Johanne. Ils furent des pionniers, ils ont travaillé dur et aujourd'hui d'autres assurent le suivi. Le prix Eudore Fortin a été fabriqué par le sculpteur Martin Brisson et il sera transmis de récipiendaire en récipiendaire au cours des ans, il demeurera donc une pièce unique comme la Coupe Stanley.



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