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Frank Cabot ne sera pas oublié

25 nov. 2021 5 minutes 1148 vues

Frank Cabot ne sera pas oublié

Les premiers Cabot sont arrivés en Amérique vers 1700 à Boston en provenance de l’île de Jersey d’où venait probablement mon arrière-grand-mère Bertha Howel. Francis Higginson Cabot fait partie de la branche bostonienne de cette grande famille fondatrice américaine à l’instar des Kennedy ou des Rockfeller. C’était une famille marchande qui est vite devenue partie prenante de la vie politique avec plusieurs représentants, sénateurs et gouverneurs surtout en Nouvelle-Angleterre. Comme beaucoup de familles aisées du nord-est des États-Unis, ils viennent passer leurs étés à Murray Bay. C’est donc dès son enfance que le jeune Francis profite de la fraîcheur de La Malbaie à une époque où il n’y avait pas d’air climatisé.


Il étudie à la prestigieuse université Harvard où il fait partie d’un célèbre groupe de chanteurs a cappella. Il s’intéresse assez rapidement à l’horticulture avec un premier jardin dans l’état de New York. On pourrait dire qu’il se fait la main en vue de son œuvre ultime, le Jardin aux 4 Vents. Il s’aperçoit que la plupart des beaux jardins américains sont en train d’être détruits par le développement et il fonde une association de conservation et de préservation des jardins qu’il préside pendant quelques années. Il s’est aussi beaucoup intéressé à la préservation des vieux moulins, dont La Rémy à Baie-Saint-Paul. Je me rappelle avoir été guide (en anglais) dans un autobus rempli d’exploitants de moulins américains que monsieur Cabot avait fait venir pour un conventum. Toute sa vie, il a travaillé à la préservation du mode de vite traditionnel de Charlevoix que ce soit en architecture, en agriculture ou en savoirs ancestraux. J’ai eu la chance de le côtoyer à plusieurs reprises. J’ai visité le Jardin aux 4 Vents en 1984 pour faire une émission pour la télé communautaire TVC-VM. Il m’avait expliqué que La Malbaie était le paradis des jardiniers à cause de la présence fréquente de brouillards matinaux qui profitaient beaucoup aux végétaux. Le Jardin était encore en développement, mais il exprimait déjà presque toute sa poésie. Les mots étaient inutiles. L’émission consistait en des images du jardin sur la musique des 4 saisons de Vivaldi et une entrevue avec M. Cabot qui parlait un français impeccable.



On le voyait souvent au centre commercial en bottes de ‘’rubber’’ et ‘’coat’’ carreauté se rendre chez Richard Berthiaume (ABS photos), car il était aussi amateur de photographie. Il a du dépenser énormément d’argent pour réaliser son jardin comptant sur plusieurs employés saisonniers. Il a aussi reconstruit le manoir seigneurial qui avait été détruit par le feu et peu de gens savent qu’on y retrouve une salle de spectacle d’une centaine de places. Il aimait y recevoir d’illustres visiteurs, un peu comme les Desmarais, comme la gouverneure générale du Canada Adrienne Clarkson et autres avec discrétion. Le pigeonnier et le jardin japonais et son pavillon de méditation sont l’ultime réalisation de Frank Cabot. Ce sont des environnements uniques et spectaculaires de calme et de sérénité.


Il était aussi un grand philanthrope et j’en ai moi-même été témoin. Je fus invité à dîner chez lui en compagnie de Julien Dufour et Jena-Marie Tremblay pour les Amis de Charlevoix. Nous voulions réaliser une trousse pédagogique pour les jeunes du primaire sur Charlevoix. Malheureusement j’ai échappé un bleuet sur le tapis, mes partenaires s’inquiétaient beaucoup de la destination du fruit sur le beau tapis. Mais madame Cabot somnolait et monsieur Cabot ressemblait à quelqu’un qui n’avait rien à faire du petit fruit récalcitrant. Il s’est contenté de sortir son chéquier et me griffonner une contribution de 30 000$ sans que j’aie rien demandé. Nous avons réalisé une magnifique trousse avec Rémy Couture, André Jean et Claude Lemay, mais malheureusement elle n’a pas connu la diffusion qu’elle aurait méritée.


Il aimait aussi les animaux et certains de ses enfants aussi. Ainsi nous voyons encore aujourd’hui de drôles de bœufs et de moutons le long de la 138 à Cap-à-l’Aigle. La ferme Trudel de Saint-Irénée, ouverte au public chaque été faisait partie de la vision sociale de M. Cabot. On ne peut passer sous silence sa contribution au Centre écologique de Port-au-Saumon qui se poursuit toujours 10 ans après son décès. La dernière fois que je l’ai vu il dédicaçait son livre The Greater Perfection, consacré au Jardin aux 4 Vents. Je l’avais trouvé amaigri et vieilli et pas en très bonne santé. Il est d’ailleurs décédé peu après.



Francis Higginson Cabot est un grand personnage de l’histoire charlevoisienne. Il est loin du président d’Air Canada qui ne parle pas français. Il était un réel membre de la communauté charlevoisienne autant dans l’est que dans l’ouest. Il ne s’est replié sur ses possessions et sa richesse. Il vivait avec et parmi les Malbéens. Il était généreux, mais dans des causes qui lui tenaient à cœur comme l’écologie et la préservation du patrimoine. Il faisait l’unanimité même chez les plus enragés des anti-villégiateurs (car il y en a). Il continue de marquer notre région, car son œuvre se poursuit avec ses enfants. La famille a nommé un Charlevoisien comme responsable de la gestion des terrains et installations et le jardin continue d’ouvrir 4 fois par année. Il n’y a peut-être plus la vision poétique de celui qui au fond était un artiste, mais son génie créatif est préservé comme il l’a sûrement souhaité. Ne reste plus qu’à nommer une rue ou une autre place de La Malbaie en son honneur.

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Michel Bergeron