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Marie-Renée Otis, artiste internationale

12 oct. 2021 5 minutes 121 vues

Marie-Renée Otis, artiste internationale

La mère de Marie-Otis, Madeleine Trottier a une rue à son nom à Baie-Saint-Paul, son grand-père Ernest Trottier, chef de gare, aussi. Son père Antoine a été beurrier et bedeau et sa grand-mère tenait magasin général sur la rue Saint-Jean-Baptiste à l’emplacement actuel du commerce des deux sœurs. Son grand-oncle possédait la Maison Otis et y opérait également un commerce. Notre personnalité appartient donc à une famille marquante de Baie-Saint-Paul et elle perpétue la tradition familiale de réaliser des choses remarquables.



Comme tous les enfants du village, elle fait ses études à Baie-Saint-Paul sauf le secondaire 5 qui était donné seulement à La Malbaie à la fin des années 60. Dès son plus jeune âge, elle est attirée par la création artistique et toute jeune enfant, elle suit des cours de bricolage pendant 6 ans avec les sœurs de la congrégation Notre-Dame. Elle touche à toute sorte de médium et cette immersion précoce dans le monde de l’art aura des répercussions durables. Assez pour s’inscrire en arts au Collège Jésus Marie à Québec qui donnait l’équivalent du cours collégial. C’est à cette époque qu’elle a un coup de cœur pour les fibres en général, elle aime les toucher, apprécier leur texture et imaginer ce qui peut en ressortir esthétiquement. Elle commence à broder et cela la mène à l’Université du Québec à Trois-Rivières renommée pour les textiles et les métiers verticaux. Après son baccalauréat, elle n’arrêtera jamais de se former. Entre 2014 et 2021, c’est plus d’une vingtaine de perfectionnements spécialisés qu’elle suit en bonne majorité en France et au Canada. Mais, elle a aussi visité la Corée, où elle est restée un mois à approfondir son art. Elle a même suivi des cours de coréen avant de se rendre là-bas. Tout cela était l’aboutissement d’une correspondance artistique préalable.


Sur la piste des Pygmées


Elle touche à la broderie, russe, espagnole (Séville), indienne, japonaise et avec le maître français Phillipe Cécil à la broderie ancienne et la broderie d’or. Traditionnellement, la broderie s’appliquait sur des vêtements pour les enjoliver, c’était aussi une façon de créer sur un tissu plutôt que la toile des peintres. On peut aussi restaurer des ouvrages anciens. En tous les cas, il s’agit d’un art dont le but est de créer le beau ou exprimer un sentiment sur des fibres, un point à la fois alors que le tissage part de fils et créer un objet une ligne à la fois. Ce sont tous les deux des arts textiles et la broderie diffère d’un pays à l’autre et Marie-Renée a voulu explorer un maximum de traditions avec les formations qu’elle a suivies.


À ses débuts, avec une famille, elle ne pouvait vivre uniquement de son art même si son conjoint, Richard Kègle, avait un bon emploi. Elle a été journaliste à TV-CO pendant 7 ans à une époque ou la télé de Baie-Saint-Paul et TVC-VM faisaient des bulletins de nouvelles conjoints le vendredi, appelés le Journal TVC. Elle faisait équipe avec Guy Tremblay de Les Éboulements et les bulletins, qu’on retrouve ces temps-çi sur Facebook, étaient d’excellente qualité, Marie-Renée étant une lectrice très crédible et professionnelle, tout comme Guy. Les reportages parfois réalisés par Marie-Renée étaient aussi de grande qualité pour deux petites télés de région.


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Elle a ainsi pu développer ses capacités de communication pour lui permettre d’enseigner les arts plastiques au Centre d’Études collégiales en Charlevoix. Sa crédibilité était si forte qu’elle a convaincu le ministre de l’éducation de Centrafrique que le Centre d’études et les artistes et artisans de Charlevoix avaient tout ce qu’il fallait pour redynamiser une école de métiers d’art dans la capitale, Bangui. Ainsi Marie-Renée a fait 3 séjours là-bas pour transmettre son savoir aux apprenants d’un pays constamment aux prises avec les conflits et les guerres civiles ou pas grand-chose n’a de permanence sauf la pauvreté et la fin à l’exception de quelques privilégiés.


En 2001, elle fait le grand saut et devient artiste à temps plein. Depuis ce temps, elle a fait une dizaine d’expositions en solo à Baie-Saint-Paul, La Malbaie, Montréal, à Trois-Rivières et au Danemark où elle s’est rendue pour l’occasion. Les expositions collectives l’ont mise en valeur à une cinquantaine de reprises partout dans le monde, beaucoup aux États-Unis, en Allemagne, à Prague, en Espagne, en Grèce, en Irlande, en France, en Angleterre, etc., faisant de Marie-René une véritable artiste internationale. 7 musées et collections prestigieuses ont des créations de Marie-Renée dans leur collection, dont la célèbre collection de Loto-Québec qui n’achète que des artistes cotés. 


Aller simple vers la lumière

Étant totalement vouée à son art, elle peut faire plus de perfectionnement et de recherches comme introduire différents matériaux minéraux ou métalliques à ses travaux de broderie. Elle a aussi ouvert son atelier au public sur la rue Saint-Gabriel, un peu à l’écart des foules, mais suffisant pour accueillir dignement les amateurs. Elle fait tout elle-même sans agent, ce qui la tient bien occupée. Ses créations sont des œuvres uniques sans aucune copie ce qui leur donne de la valeur. Elle a beaucoup voyagé pour son plaisir avec son conjoint, mais la quinzaine de pays qu’elle a visités l’ont inspirée dans ses travaux de broderies. 2021 a été une grosse année. Elle expose actuellement à San Francisco jusqu’en décembre. Elle participe à un projet de triennale à Gatineau, Lasarre et Québec. Elle est conférencière à Québec et Edmonton. Un livre des Éditions Charlevoix à son sujet s’est écoulé en 4 mois. À 66 ans, l’artiste est au pinacle de sa carrière malgré qu’elle ait fermé son atelier. Ses deux enfants, Alexandre et Pier-Olivier volent depuis longtemps de leurs propres ailes, le premier dans le ferroviaire et le second à la Baie James. Son conjoint Richard, retraité depuis quelques années, forme un couple de longue haleine avec Marie-Renée, ce qui est de plus en plus rare.


Le Renard rouge

Pour ma part, je côtoie Marie-René Otis depuis plus de 35 ans, elle a toujours été d’une extrême gentillesse à mon égard. Elle m’a plusieurs fois envoyé des mots de félicitations quand je changeais d’emploi, ce qui me faisait toujours chaud au cœur. Elle est une véritable gentlewoman et une artiste exceptionnelle. Je crois que comme pour sa mère et son grand-père, Baie-Saint-Paul devra nommer une rue à son nom. Pas tout de suite, parce qu’il lui reste encore plusieurs années de broderie dans les doigts avant d’en arriver là.

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