Gens de Chez Nous, Chroniques

Gens de chez nous | Festival Scènes Sismiques

Les Éboulements, St-Joseph-de-la-Rive

Ven. 3 octobre 2025 4 minutes

Par André Magny

Zoe Boudou et Sarya Bazin
Zoé Boudou et Sarya Bazin, les deux initiatrices du Festival Scènes Sismiques faisant une promo « réseaux sociaux » pour la soirée d’impro, qui a eu lieu le samedi soir devant le fleuve.
Crédit : André Magny
Zoe Boudou et Sarya Bazin

Scènes Sismiques : un premier festival vibrant

Du 12 au 14 septembre dernier, les Éboulements et Saint-Joseph-de-la-Rive ont été l’épicentre de la première édition du Festival Scènes Sismiques. Avec une programmation plus qu’éclectique, les cofondatrices Zoé Boudou et Sarya Bazin ont su secouer la cage d’un théâtre plus conventionnel.

Tout est né d’une réflexion partagée lors d’une tournée théâtrale à travers le Québec entre deux jeunes comédiennes. « On se promenait sur le territoire, puis on s’est mis à parler de théâtre, c’est quoi les expériences théâtrales qui nous parlent le plus, qu’est-ce qui nous fait rêver comme type d’expérience ? », raconte Zoé Boudou. Peu à peu, une idée s’est imposée : créer un événement où l’accueil et la convivialité comptent autant que la pièce jouée. « On en est venu à se dire qu’on devait partir quelque chose », d’autant plus que Sarya est Charlevoisienne depuis cinq ans. Et mis à part le Domaine Forget, qui est plus institutionnel, il n’y a pas vraiment d’endroits dans Charlevoix pour le théâtre ont constaté les deux artistes.

Pour les fondatrices et codirectrices, l’objectif allait bien au-delà d’un simple festival. « On voulait que le théâtre soit plus que juste un objet scénique, mais un vrai moment de rassemblement, égalitaire et démocratique. » À leurs yeux, offrir des expériences artistiques dans des lieux atypiques, accessibles et ouverts permet de tendre la main au public.

Soiree dimpro au Festival Scenes sismiques
Soirée d’impro à l’espace La Rive à St-Joseph-de-la-Rive.
Crédit : Yves Osner Dorvil
Soiree dimpro au Festival Scenes sismiques

Un fort appui du milieu

Dès les débuts du projet, les partenaires institutionnels et culturels ont soutenu l’initiative. « On a eu du soutien du Conseil des arts et des lettres du Québec, de la municipalité des Éboulements, de la MRC de Charlevoix et de Tourisme Charlevoix, » souligne Zoé Boudou. Le milieu culturel a également embarqué : « Le Festif de Baie-St-Paul nous a prêté plein de mobiliers, des chaises, des couvertures… C’est des gens avec qui on a communiqué et qui nous ont aidé à plein de moments. » Les entreprises locales et les hébergements de la région comme l’Auberge de nos Aïeux se sont mobilisés, sans oublier la Petite Franquette de Baie-Saint-Paul, qui a assuré les repas communautaires qui ont réuni à la fois les artistes, le personnel et les bénévoles.

Eliezer Guerisme Scenes sismiques
Après-midi carte blanche à l’homme de théâtre Eliézer Guérismé.
Crédit : Yves Osner Dorvil
Eliezer Guerisme Scenes sismiques

La grande crainte d’une première édition était de remplir les lieux de spectacle, que ce soit chez Lupin Fruit, le Café Sol ou encore le Camp Manoir et le Musée maritime de Charlevoix. Or, la réponse a dépassé les attentes. « Tous les spectacles et activités adultes, grand public, étaient pleins », se réjouit Zoé. La population locale semble s’être approprié l’événement : « J’avais vraiment l’impression que les gens du coin sont venus, et de tous les âges. » L’activité La bibliothèque humaine a même permis des échanges intergénérationnels : « Des aînés des Éboulements parlaient d’un lieu important pour eux, et des jeunes, des touristes se sont joints spontanément. C’était un beau mélange. »

Lupin Fruits Scenes sismiques
La grange de Lupin Fruit aux Éboulements a accueilli Juliette et Mathieu, un alliage de deux pièces sur le rapport entretenu à l’égard du patrimoine, tant bâti que naturel, familial et culturel. Une coproduction du Théâtre PàP de Montréal et du Théâtre À tour de rôle de Carleton-sur-Mer.
Crédit : Yves Osner Dorvil
Lupin Fruits Scenes sismiques

Une programmation éclatée et inspirante

La diversité des propositions a marqué le festival : spoken word, théâtre d’impro, spectacles pour enfants, pièces contemporaines, drag kings et défilé étaient notamment de la fête. Sans oublier, bien sûr, la carte blanche proposée au comédien et metteur en scène haïtien Eliézer Guérismé. Venu de Port-au-Prince, il a livré des mots denses, poignants autour du colonialisme et, en particulier, sur le 200e anniversaire de la dette imposée par la France à Haïti au moment de son indépendance. « Notre programmation, on l’a imaginée en novembre dernier. »

Le dernier spectacle, Nous ne sommes ni architectes ni nombreuses, présenté par par Joussour Théâtre au Musée maritime, était une performance poétique remarquable, s'apparentant au spoken word. La déclamation des mots se concentrait sur le rythme, la gestuelle et la musique dans une invitation à s’exprimer, à sortir des sentiers battus. Parmi les nombreuses phrases dites au cours du spectacle, « les plus beaux chants sont des chants de revendication », celle-ci résumait assez bien le Festival Scènes Sismiques. « Ce spectacle-là, devant le fleuve, ça invitait à la contemplation, c’est l’endroit où il fallait que ça se passe », résume Mme Boudou.

Joussour Theatre
Flamenco, jazz et chaâbi étaient au rendez-vous au côté des interprétations poétiques d’Esther Duplessis et d’Hugo Fréjabise.
Crédit : André Magny
Joussour Theatre
Photodequipe Scenes sismiques
Une partie de l’équipe du Festival Scènes Sismiques.
Crédit : Catherine Bazin
Photodequipe Scenes sismiques

Déjà une deuxième édition en vue

L’annonce est tombée lors du dernier spectacle, en plein soleil, devant un fleuve majestueux : une deuxième édition aura bel et bien lieu du 11 au 13 septembre 2026. « Dès le début de nos réflexions, on s’est dit que si on part un festival de théâtre, on veut que ce soit un rendez-vous annuel. Dans l’idéal, chaque année, il y a du théâtre qui s’implantera dans des lieux atypiques, » confirme Zoé. Si les détails restent à préciser, une chose est sûre : Scènes Sismiques restera dans Charlevoix et entend continuer à « explorer le territoire ».

L’idée de faire les choses autrement grâce à une jeunesse affichant un non-conformisme a fait beau à voir tout au long de la fin de semaine. On n’en attend pas moins pour la 2e édition.

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