Le banc des murmures

Le banc des murmures | Chapitre 2 : La gardienne du silence

Charlevoix

Sam. 21 février 2026 2 minutes

Par Melany Madden

Le Banc des Murmures2 TEXTE
Le Banc des Murmures2 TEXTE

Chapitre 2 : La gardienne du silence
Le banc de bois brûlé par le soleil, situé au sommet du Mont-du-Lac-des-Cygnes, là où le vent ne s'arrête jamais vraiment

Madeleine ajusta la sangle de son sac à dos et laissa échapper un long soupir qui se perdit dans la vallée. À 64 ans, ses genoux protestaient un peu dans la montée, mais son cœur, lui, réclamait l'altitude. Arrivée au sommet, elle ne chercha pas la plateforme d'observation bondée. Elle se dirigea vers « son » banc, celui qui est un peu en retrait, niché entre deux épinettes rabougries qui luttent contre les éléments depuis des décennies.

Ici, le paysage ne ment pas. On voit la cicatrice du cratère, cette courbe parfaite dessinée par une étoile tombée du ciel il y a des millions d'années.

Madeleine s'assit. Elle ne venait pas ici pour la photo parfaite, celle qu'on montre aux amis sur Facebook. Elle venait pour le silence. Un silence de cathédrale, interrompu seulement par le sifflement du vent qui semble porter la mémoire des montagnes.

Elle sortit de son sac une pomme et un petit carnet de croquis. Depuis qu'elle avait pris sa retraite de l'enseignement à Baie-Saint-Paul, Madeleine dessinait des lichens. Ces petites taches jaunes et grises sur le granit qui prennent des siècles à pousser. Elle se sentait un peu comme eux : solide, patiente, attachée à son roc.

Un couple de randonneurs passa à proximité, le souffle court, s'exclamant sur la vue. Madeleine leur fit un petit signe de tête, mais resta dans sa bulle. Elle se rappelait les sorties scolaires qu'elle organisait ici même, trente ans plus tôt. Elle se revoyait, jeune et pleine de feu, essayant d'expliquer à des adolescents distraits que la terre sous leurs pieds était sacrée.

Aujourd'hui, c'est la montagne qui l'enseignait. Elle lui murmurait que les tempêtes passent, que les saisons tournent et que, peu importe l'ampleur du cratère que la vie laisse parfois dans nos cœurs, la forêt finit toujours par repousser.

Alors que les nuages commençaient à projeter de grandes ombres mouvantes sur la vallée de la rivière du Gouffre, Madeleine rangea ses crayons. Elle n'avait dessiné qu'une petite ligne, mais elle repartait avec l'immensité dans ses poches.

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