Le banc des murmures | Chapitre 12 : L’écho de la fête
Sam. 11 juillet 2026 2 minutes
Par Melany Madden
Chapitre 12 : L’écho de la fête
Le banc de parc ombragé, situé un peu en retrait de la rue Saint-Jean-Baptiste à Baie-Saint-Paul, là où la musique des scènes parvient adoucie par la brise.
Gérald s'assit confortablement, ajustant sa casquette pour se protéger du chaud soleil de juillet. Autour de lui, la ville ne ressemblait en rien à son quotidien tranquille. C’était le week-end du Festif!, et les rues d'ordinaire si paisibles débordaient d'une marée humaine : des jeunes aux cheveux colorés, des familles avec des poussettes, des rires qui fusaient de partout et des notes de guitare qui flottaient dans l'air.
À 71 ans, Gérald n'avait plus l'énergie de se glisser à l'avant des scènes pour danser jusqu'aux petites heures. Mais il n'aurait raté ce rendez-vous pour rien au monde. Son banc était devenu sa loge privée.
Il observa un groupe de jeunes musiciens de rue qui s'installaient à quelques pas de lui. En les voyant accorder leurs instruments avec cette frénésie propre à la jeunesse, Gérald fit un bond de cinquante ans en arrière. Il se revit, à l'époque de la Boîte à chansons, quand lui et ses copains refaisaient le monde autour d'une guitare et d'un feu de grève. Les styles vestimentaires avaient changé, la musique avait un autre rythme, mais l'étincelle dans les yeux, elle, était exactement la même.
Certains locaux de son âge choisissaient de quitter la ville pendant le festival pour fuir le bruit. Pas Gérald. Il trouvait que cette effervescence redonnait une cure de jouvence à son Charlevoix. Voir cette jeunesse vibrer et s'émerveiller devant le fleuve et les montagnes lui prouvait que la région avait encore le pouvoir de séduire le monde entier.
La chanteuse du groupe de rue croisa le regard de Gérald et lui adressa un sourire lumineux avant de lancer la première note. La chanson, douce et acoustique, s'éleva sous les arbres.
Sur son banc, Gérald ferma les yeux et commença à battre la mesure doucement avec le bout de sa chaussure. Il se disait que la beauté de vieillir ici, c’était de pouvoir apprécier la musique d'aujourd'hui avec le cœur d'autrefois. La fête battait son plein, la ville était vivante, et lui, bien ancré sur son bois familier, se sentait le plus riche des spectateurs.