Le banc des murmures

Le banc des murmures | Chapitre 11 : Les veilleurs d’étoiles

Charlevoix

Sam. 27 juin 2026 2 minutes

Par Melany Madden

Le Banc des Murmures TEXTE
Le Banc des Murmures TEXTE

Chapitre 11 : Les veilleurs d'étoiles

Le banc de bois brut, installé au sommet d'une colline dans l'arrière-pays de Saint-Urbain, là où la terre semble toucher le ciel et où la nuit est d'un noir d'encre.

Gabrielle éteignit sa lampe de poche. Immédiatement, l’obscurité l’enveloppa comme une couverture lourde et fraîche. Elle s’assit sur son banc, ajustant son grand foulard autour de son cou. À 58 ans, elle avait troqué depuis longtemps les soirées animées du village pour le spectacle le plus grandiose et le moins cher du monde : la voûte céleste de Charlevoix.

Il fallait attendre au moins vingt minutes pour que les yeux s'habituent à l'obscurité totale. Sur son banc, Gabrielle pratiquait la patience. Lentement, le miracle s'opéra. Ce qui semblait n'être qu'un grand vide noir se mit à grouiller de vie. Des milliers, puis des millions de points lumineux percèrent la nuit. La Voie lactée se dessina, immense écharpe de nacre qui traversait le ciel d'un bout à l'autre.

Ici, au cœur du cratère, Gabrielle se sentait minuscule, mais étrangement à sa place. Elle se rappelait les histoires de son père, qui lui montrait la Grande Ourse depuis le perron de la maison familiale. À l'époque, on ne parlait pas de "réserve de ciel étoilé", on disait simplement que la nuit était belle.

Une étoile filante traversa le ciel à toute vitesse, laissant derrière elle un sillage éphémère. Gabrielle ne fit pas de vœu ; à son âge, on ne demande plus rien aux étoiles, on les remercie simplement d'être là.

Elle entendit le hululement lointain d'un grand-duc dans la forêt voisine. Ce banc, la nuit, devenait un poste d'écoute pour un monde invisible le jour. Elle aimait penser que pendant que la majorité des 26 000 habitants de la région dormaient, la nature, elle, continuait de jouer sa symphonie silencieuse.

Elle prit une gorgée de sa tisane encore chaude. Ce moment de solitude nocturne était sa façon de faire le plein d'infini. En se levant du banc pour redescendre vers la lumière rassurante de sa maison, elle jeta un dernier regard vers le haut. Les étoiles brillaient, fidèles au poste, veillant sur le sommeil de Charlevoix comme elles le faisaient depuis la nuit des temps.

Partager

Lien copié avec succès