Le banc des murmures

Le banc des murmures | Chapitre 13 : Le bleu de la canicule

Charlevoix

Sam. 25 juillet 2026 2 minutes

Par Melany Madden

Le Banc des Murmures TEXTE
Le Banc des Murmures TEXTE

Chapitre 13 : Le bleu de la canicule

Le banc de plastique bleu un peu brûlant, adossé à la clôture de maille de la piscine municipale de La Malbaie, là où l'air sent le chlore, la crème solaire à la noix de coco et l'été pur.

Bernadette déplaça légèrement sa serviette pour ne pas se brûler les cuisses sur le plastique du banc. À 67 ans, face au thermomètre qui affichait un 32 °C digne du Sud, elle avait capitulé : rester enfermée avec son petit ventilateur de salon ne suffisait plus. Il fallait sortir, chercher l'eau, ou du moins, le mirage de la fraîcheur.

Devant elle, la piscine municipale était un immense chaudron de vie. Les enfants du camp de jour s'en donnaient à cœur joie, sautant dans le grand bain dans un concert d'éclaboussures et de cris aigus. Les adolescents, quant à eux, feignaient l'indifférence sur le béton chaud, ajustant leurs lunettes de soleil, tandis que les plus petits barbotaient sous les yeux attentifs de sauveteurs qui prenaient leur rôle très au sérieux.

Bernadette sourit en plongeant ses pieds fatigués dans l'eau tiède de la pataugeoire, juste au bord de son banc.

Cette canicule lui rappelait l'été 1975. À l'époque, il n'y avait pas de piscine moderne dans le village. Pour se rafraîchir, on se jetait tout habillés dans la rivière du Gouffre ou on attendait patiemment que la marée descende pour courir sur la plage de sable chaud, en priant pour que l'eau du fleuve ne nous gèle pas les pieds. On buvait l'eau directement au boyau d'arrosage derrière la maison, et le summum du luxe était un popsicle rouge aux deux bâtons, partagé en deux.

Une maman s'assit à l'autre bout du banc, un bébé aux joues roses endormi contre elle, cherchant l'ombre du grand parasol public. « Ouf ! Quelle chaleur, madame ! » lança la jeune femme en s'éventant avec son chapeau. « Oui, c'est une vraie de vraie ! » répondit Bernadette avec douceur. « Mais regardez-les s'amuser. C'est ça, les vacances. Dans cinquante ans, ils se souviendront de cette semaine-là comme du plus bel été de leur vie. »

Le sifflet du sauveteur retentit, annonçant la pause réglementaire. Un silence soudain tomba sur le bassin, seulement troublé par le clapotis de l'eau.

Bernadette remit ses sandales. Sa trêve aquatique touchait à sa fin. En quittant le site, elle se dit que la canicule avait au moins ce pouvoir magique : elle forçait tout le monde, les petits comme les grands, à ralentir, à s'arrêter et à savourer l'instant présent, un plongeon à la fois.

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