Le banc des murmures | Chapitre 14 : Le goût du mois d’août
Sam. 8 août 2026 1 minute
Par Melany Madden
Chapitre 14 : Le goût du mois d'août
Le banc de bois peint en vert forêt, installé tout près de la clôture d’une ferme maraîchère, le long du rang Saint-Antoine à Baie-Saint-Paul.
Marthe posa son panier d’osier rempli de tomates bien mûres et de maïs tout frais cueilli sur le banc à côté d’elle. La terre sous ses ongles était encore humide de la rosée du matin. À 69 ans, elle connaissait la valeur de ce moment précis de l’année : cette fin d’août où la terre de Charlevoix se montre d’une générosité presque insolente.
Elle s’assit, prenant le temps d’ajuster son chapeau de paille. Devant elle, le rang s’animait doucement. Les touristes s’arrêtaient à l’étalage en bordure de route, s’émerveillant devant la couleur des légumes et l’odeur des tartes aux bleuets sauvages fraîchement sorties du four de la fermière d’à côté.
Marthe les regardait avec une pointe de fierté. Elle aimait savoir que les gens repartaient chez eux avec un morceau de leur terroir dans le coffre de leur voiture.
Sur son banc, elle ferma les yeux et écouta le concert de la fin de l’été : le grésillement des cigales dans les hautes herbes, le ronronnement d’un tracteur au loin dans le champ, et ce vent plus frais qui commence à descendre des montagnes en fin d’après-midi. C’est la saison des conserves, des chaudronnées de sauce tomate qui mijotent sur le rond de la cuisinière, et des bocaux de mariné qu’on aligne fièrement dans le garde-manger pour l’hiver.
Elle se rappela sa mère, qui disait toujours : « En août, on engrange le soleil pour les jours sombres. »
Un petit garçon repassa près de la clôture, une casquette d’agriculteur trop grande sur la tête, portant fièrement une énorme courge dans ses bras. Il fit un petit signe de la main à Marthe. Elle lui répondit d’un clin d’œil. La relève était là, fidèle au poste.
Marthe reprit son panier d’osier. L’été tirait doucement sa révérence, mais il n’y avait pas de tristesse là-dedans. Seulement l’accomplissement d’un cycle parfait, gorgé de sucre, de lumière et de beaux souvenirs.