Le banc des murmures | Chapitre 9 : La trêve d'or
Sam. 30 mai 2026 2 minutes
Par Melany Madden
Chapitre 9 : La trêve d'or
Le banc de bois simple, presque caché sous un grand saule pleureur, en bordure du chemin qui longe la baie à Baie-Saint-Paul.
Mathieu verrouilla la porte de son atelier d’un geste sec. Ses yeux lui brûlaient, fatigués par douze heures passées devant ses écrans et ses plans d'affaires. À 28 ans, il avait l’impression de courir un marathon sans ligne d’arrivée. Bâtir son entreprise dans Charlevoix, c’était son rêve, mais le prix à payer se mesurait en semaines qui filent sans qu’il ne voie le temps passer, en soupers avalés sur le coin du bureau et en nuits trop courtes.
Il commença sa marche quotidienne vers la maison. Son téléphone vibrait encore dans sa poche : un courriel, une notification, une urgence. Il choisit de l'ignorer.
Arrivé à la hauteur du grand saule, il s'arrêta. Comme chaque soir, le banc l'attendait. Mathieu s'y assit, laissa tomber son sac à ses pieds et prit une immense inspiration. C’était son sanctuaire. Sa seule et unique pause de la journée.
Devant lui, le soleil entamait sa descente derrière les caps, embrasant le ciel de teintes orangées, roses et violettes. Le fleuve, calme comme un miroir, reflétait cette lumière dorée. Pendant ces dix minutes-là, le tumulte de ses ambitions se taisait. Les chiffres, les clients et les échéances n’existaient plus ; il n’y avait que la beauté brute du paysage.
Il regarda le village qui s'allumait doucement au loin. Il s'était souvent demandé s'il n'aurait pas dû choisir la grande ville pour lancer ses projets, là où tout va plus vite. Mais en regardant le soleil mourir sur la baie, il comprit que c'était précisément cette immensité qui le gardait sain d'esprit. La route à pied, ce rendez-vous quotidien avec l'horizon, c'était le carburant qu'aucune réussite financière ne pourrait jamais remplacer.
Il passa la main sur le bois frais du banc. Ce meuble immobile lui rappelait que même si sa vie avançait à cent milles à l'heure, la terre de Charlevoix, elle, gardait son propre rythme, immuable et rassurant.
Un dernier rayon de soleil caressa son visage avant de disparaître. Mathieu se leva, redressa ses épaules. La fatigue était toujours là, mais son esprit était lavé. Il reprit sa marche vers chez lui, le pas plus ancré, prêt à bâtir le lendemain.